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Anne-Sophie Demonchy
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2 décembre 2009 3 02 /12 /décembre /2009 15:06

Les écrivains, les vrais, sont ceux qui, à mon sens, parviennent à recréer, un univers qui leur est propre. Peu importe l’histoire, ils nous convient dans un monde parallèle, un voyage dont on sait que l’on ne ressortira pas indemne. Johan Hastad fait partie de ces êtres capables de vous subjuguer dès les premières phrases. Buzz Aldrin, mais où donc es-tu passé ? est un premier roman parfaitement construit aux multiples couches de significations. Malgré son jeune âge (30 ans), Johan Harstad n’est pas un novice en littérature : depuis vingt ans, il se consacre quotidiennement à cette activité. Toutefois, il doit attendre l’âge de 22 ans pour publier un premier recueil de nouvelles, non traduit en français : Herfra blir du bare eldre. L’année suivante, il en publie un autre, traduit cette fois aux éditions Gaïa : Ambulance. En 2005, paraît son premier roman récemment traduit en français : Buzz Aldrin, mais où donc es-tu passé ? (Gaïa). Le roman a obtenu un immense succès international. Il a été adapté en série pour la télévision norvégienne en début d’année, et traduit en Suède, en Finlande, au Danemark, aux Pays-Bas, en Italie, en Russie, aux îles Féroé, en Allemagne, en France et prochainement aux USA.

Depuis, il a publié en Norvège plusieurs romans, dont un de science fiction. Parallèlement, Johan Harsad écrit des pièces de théâtre et a été nommé en 2008 dramaturge officiel du Théâtre national de Norvège.

 

Il n’est guère facile de vous rendre compte en quelques lignes d'un roman aussi foisonnant que Buzz Aldrin. Je commencerai par évoquer le personnage central, Mattias. Mattias est né en 1969, la nuit où l’homme a marché sur la lune. Depuis, il garde une véritable fascination pour l’espace et surtout pour Buzz Aldrin, non pas le deuxième homme à marcher sur la lune. Il était aux côtés d’Armstrong mais il ne fut que le deuxième à fouler la lune… Mattias respecte ceux qui arrivent en seconde place et acceptent de se mettre en retrait, mieux, ils le souhaitent. Mattias d’ailleurs est un garçon qui cultive cette qualité. Jardinier, il fournit des fleurs à une maison de retraite qui offre un bouquet à chacun de ses pensionnaires quelque temps avant son dernier jour, histoire de lui être « agréable »… La vie est un long fleuve tranquille jusqu’au jour où la maison de retraite décide que ce cadeau est trop onéreux : Mattias est remercié : les fleurs de supermarché feront désormais l’affaire. Le problème, c’est que Mattias est un jeune homme de 29 ans qui n’aime pas le changement. Ce qu’il souhaite ce sont «  des jours prévisibles », des jours identiques les uns aux autres… Lui ne rêve pas de réussite sociale, de se retrouver en haut du podium. Il rêve d’une vie paisible, sans remous : « tout le monde ne veut pas diriger une entreprise. Tout le monde ne veut pas figurer parmi les sportifs les plus doués de la nation, siéger au sein de différents conseils d’administration, tout le monde ne veut pas avoir les meilleurs avocats dans son équipe, tout le monde ne veut pas se réveiller le matin avec les réjouissances ou les catastrophes claironnées par la une des journaux.

Certains veulent être la secrétaire qui reste toute seule après que les portes de la salle de réunion se sont fermées, certains veulent conduire une benne à ordures, même le jour de Pâques, certains veulent autopsier le corps du garçon de 15 ans qui s’est suicidé un matin de janvier et a été retrouvé une semaine plus tard dans le lac.[…]

Certains veulent être un rouage.

Non pas parce qu’il faut bien que certains le fassent, mais uniquement parce qu’ils veulent le faire ».

 

C’est précisément ce passage qui est la clé de ce roman… Mattias fait partie de ces gens qui veulent mener une vie tranquille, et ne pas se mettre en rivalité avec les autres. Ce désir de disparaître inquiète son entourage. Enfant déjà, il a cette obsession de se fondre dans la masse, de ne surtout pas se faire remarquer. Il a beau être doué en classe, en chant… Il s’en moque : il veut qu’on le laisse tranquille. Mais ce n’est guère aussi simple qu’il le voudrait car plus il fuit les honneurs, plus on s’interroge, on s’inquiète pour lui et il finit par devenir le centre de toutes les attentions.

 

Mattias espère construire un cocon avec la fille qu’il aime depuis le collège : Helle. Il fonde tous les espoirs sur cette relation au point de faire de Helle son « univers, qui allait incarner tout ce qu’il y a de bien dans cette vie, jusqu’à ce qu’un beau jour elle fasse couler le navire et que tout périsse corps et biens ».

 



Cette rupture le dévaste tant elle est inattendue. Il décide alors de se prendre en main. Et, contrairement à ce qu’on attendrait de celui qui plonge dans la dépression, il décide de disparaître… Il s’échoue aux îles Féroé et trouve refuge auprès d’un psy, Havstein, sorte de Saint-Bernard, recueillant les âmes en peine… C’est auprès de cette communauté que Mattias a décidé de s’installer. Peut-être définitivement. En tout cas, il ne souhaite pas rendre de compte à quiconque, ne pas expliquer son geste, ne pas avoir à se justifier, auprès de quiconque. Johan Harstad est un véritable créateur : il parvient, grâce à son écriture vive, donner une épaisseur psychologique à Mattias. On a l’impression, en lisant ce roman, d’apprendre à le connaître, de partager ses angoisses, ses questions… Rien de superficiel sous la plume de Johan Harstad. Son style est d’un incroyable dynamisme alors même que le personnage se complaît dans une sorte de léthargie dont il est incapable, malgré les suppliques de ses proches, de se défaire.

 

Les îles Féroé est le lieu idéal pour un garçon comme Mattias : peu d’habitants, peu d’activités. Les jours se ressemblent. Au sein de la petite communauté, il demeure auprès de ses nouveaux amis, tous écorchés de la vie. Il a l’impression que plus rien ne pourra changer et surtout que là, personne ne viendra le chercher. Surtout pas ses parents qui tentent de le ramener en Norvège, et à la raison… Ces dialogues entre ses parents et lui traversent le roman et sont poignants car nombreux seront les lecteurs qui se reconnaîtront dans cette atmosphère chaleureuse mais étouffante de la famille. Tout dans ce roman est décortiqué, longuement détaillé. C’est parce que Johan Harstad prend son temps pour mettre en place son histoire, décrire ses personnages que l’ensemble est d’une grande richesse.

 

Alors que l’on pourrait croire que les pages couleraient ainsi, jusqu’à la fin, un nouveau personnage apparaît. Un clandestin, sauvé d’une noyade par Mattias. Le trouble s’installe aux îles Féroé. Une nouvelle dimension est offerte au lecteur qui s’attend désormais à lire un thriller. D’ailleurs, le rythme s’accélère dans le dernier quart du roman, lui donnant un souffle nouveau. Cette fois, les pages se tournent avec fureur, on veut savoir ce qui se passe sur les îles…

 

Pourquoi ce titre ? Buzz Aldrin apparaît tout au long du roman, peu à peu, nous découvrons qu’il est une sorte de double de Mattias, mais aussi un héros international qui n’a pas supporté la pression de la gloire, et a sombré dans la folie après avoir posé le pied sur la lune.

 

Inutile de vous répéter que ce roman est d’une très grande beauté tant au niveau de l’écriture, foisonnante et alerte, que de l’histoire aux multiples strates. Il est question de quête de soi, de folie, d’amitié, de solitude, de liens filiaux… Il y est question de la vie dans toute sa complexité. Croyez-moi, Johan Harstad est un écrivain.  


Buzz Aldrin, Mais où donc es-tu passé ?, Johan Harstad, traduit du norvégien par Jean-Bapriste Coursaud, éditions Gaïa

 

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Published by Anne-Sophie - dans Vraiment bien !
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commentaires

Soraya 18/08/2015 23:00

Très bon livre. J'aime les auteurs d'Europe du Nord et celui-ci m'a "scotchée". C'est le meilleur livre que j'ai lu depuis longtemps (il y a un an environ que je l'ai lu), et je lis en moyenne 3 à 4 livres par mois, en ce moment "je suis" au Groenland.

Eeguab 31/10/2012 07:28


Un très bon livre que j'ai chroniqué moi aussi.Et ici... un excellent blog où je reviendrai.

le grand yak 29/03/2011 22:50



J'ai dévoré le livre (cher) en une petite journée, attiré par le titre, l'histoire et le lieu (je suis un amoureux des Féroés pour y avoir été). J'ai versé une petite larme en fermant le livre,
en ayant en tête la scène finale du Seigneur des Anneaux quand Frodon prend le bateau pour ne jamais revenir parmis le siens.


Pour notre héros rêvant de buzz aldrin, c'est un peu une sorte de fuite en avant, un départ pour ailleurs pour fuire la réalité et tourner le dos à son passé (bon et mauvais).


Surtout, on se rend compte que cette adoration pour l'espace et la lune c'est un peu une énorme paille dans l'oeil. On dit "être dans la lune" et notre ami fait abstraction de ses soucis passés,
surestime la position de numéro 2 d'Aldrin... Il est en quelque sorte coupé de la réalité et s'en rend bien compte aux Féroé en pensant passer inaperçu dans un archipel de 40 000 hab.


Ce voyage aux Féroé c'est un peu l'élément déclencheur, le passage de l'enfant à l'adulte qui prend ses responsabilités (ne pas foncer dans le ferry). Ca respire l'optimisme tout de même, malgré
le sentiment de tristesse qui me reste.



Anne-Sophie 10/01/2010 19:03


Bonsoir Laurent, 
je suis désolée pour vous que vous n'ayez pas apprécié ce roman qui moi m'a beaucoup plu... Je ne pense pas qu'il ait un quelconque rapport avec l'univers ou l'écriture d'Anna Gavalda. Et
évidemment aucun non plus avec celui d'Amis ! Vous m'avez fait confiance et vous en remercie... Ce sera pour une prochaine fois... 
Au plaisir de partager avec vous d'autres lectures,
 


Laurent 06/01/2010 16:44


Votre critique m'a conduit droit chez le libraire pour me procurer Buzz Aldrin. Depuis, c'est un peu la déception : j'ai du mal à retrouver le "foisonnement" dont il est question dans le billet, et
au contraire de dynamique, je trouve le style de Harstad parfois (souvent?) un peu lourd. Je n'ai rien contre Anna Gavalda, mais le texte me fait parfois l'effet d'avoir été écrit par un cousin
proche de cette dernière. J'ai commencé Buzz juste après un bouquin de Martin Amis - je précise parce que j'ai bien l'impression que le cynisme d'Amis me fait trouver Harstad à la limite de la
mièvrerie. Une petite déception donc, d'autant plus que le plaisir à la lecture de la nouvelle d'Olivier Deck également encensée ici était à la hauteur de mes attentes...