Un blog sans langue de bois sur la littérature. Pour me contacter : annesophiedemonchy [@]lalettrine.fr
Le bandeau annonce que L’Eclat du diamant est le polar de l’été. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais en vacances, sur la plage, je n’aime pas porter un pavé de 620 grammes (dixit l’éditeur) à bout de bras… encore moins lire un roman destiné à me faire réfléchir… Car L’Eclat du diamant est un polar, mais c’est aussi une enquête journalistique et un « roman sociétal » sur l’univers du marketing et du capitalisme. Ces trois aspects se croisent et font de l’ensemble un roman assez complexe …
Tout commence par divers assassinés. Le commissaire Delajoie et toute son équipe du 36 Quai des Orfèvres sont chargés de découvrir le mobile et l’identité du meurtrier. Très vite, une enquête publiée dans la presse les met sur la piste d’un groupe industriel très puissant : TamTam communications dont le projet essentiel « consiste à concevoir des programmes, du contenu pour les chaînes de télévision ».
Si vous êtes comme moi et que vous êtes au niveau zéro en connaissance marketing, consulting et autres bizarreries de ce genre, le livre est une sorte de stage de découverte dont on ressort écoeuré.
Ainsi, vous aurez l’impression en lisant ce roman que TamTam communications ressemble étrangement à Bouygues et à sa chaîne de télé TF1. On nous explique ainsi qu’ « une chaîne de télévision c’est d’abord une entreprise privée, qui doit, dans une perspective bisness, générer un maximum de bénéfices pour ses actionnaires. Ca s’appelle le « capitalisme » et, je vous rassure, ça n’est pas moi qui l’ai inventé. Or, la seule manière de gagner beaucoup d’argent dans ce secteur c’est grâce à la publicité. Et plus vous avez de personnes qui peuvent regarder vos écrans publicitaires, plus vous pourrez facturer cher cette location de votre temps d’antenne. C’est ça une télé privée, ça propose, à des marchands, du temps et de l’espace pour faire la promotion de produits et de services ». Ca ne vous rappelle rien cet espace de temps disponible ? Le protagoniste démonte le système : pour qu’une pub soit rentable, il faut attirer le plus de monde possible, avec un programme qui ne coûte pas cher (les séries seraient idéales…) et il « doit être en état, le téléspectateur, de recevoir le sacro-saint message publicitaire. (…) Le programme doit être limpide, transparent, le degré zéro de la sollicitation neuronale ». Le même développement aura lieu quelques chapitres plus loin pour nous faire comprendre comment se sont implantés les magasins de grande distribution au détriment des petits commerces, pourquoi on utilise le terme « ménagère de moins de 50 ans », etc. Certains seront sans doute sceptiques prétendant que ce roman outrepasse ses fonctions pour prendre la forme sinon le ton du documentaire… Aimant le mélange des genres, j’y ai trouvé mon compte…
Pour ceux qui ont toujours rêvé de s’infiltrer dans la police et savoir vraiment comment ça se passe au quotidien, L’Eclat du diamant est un guide de premier choix. Ainsi, on apprend qu’une « donneuse » est un indicateur, « raton laveur » est un flic de la scientifique, et que les « flight cases [sont] dotées de tout le « matos » pour révéler « l’invisible » sur les lieux du crime comme les traces de sang effacées par exemple. Des considérations sur le juge d’instruction, les relations entre les flics et les bœuf-carottes agrémentent le roman et lui apportent une dimension supplémentaire. A condition, encore une fois, d’aimer ce côté documentaire… Pour les autres, vous trouverez certainement votre intérêt dans l’intrigue. L’équipe de Delajoie utilise toutes les techniques - modernes comme traditionnelles - pour retrouver le criminel, allant de témoins en fausses pistes, d’hypothèses en déductions…
Il m’a semblé en lisant ce roman qu’une équipe se cachait derrière ; chacun à son rôle : l’un se renseignant sur l’univers carcéral, la pub, l’autre écrivant le synopsis donnant lieu à cet énorme objet multiforme. Bien évidemment, on m’a assuré que Monsieur John Marcus est une seule et même personne. Soit. Ce n’est pas cela l’important, pas plus que l’écriture d’ailleurs. Car l’histoire, elle, très copieuse, est bien ficelée, les digressions sur la société de consommation et la pub à la télé sont passionnantes… J’aurais eu tort, malgré l’objet-livre peu séduisant à mon goût, de ne pas me laisser tenter. Et vous ?