Un blog sans langue de bois sur la littérature. Pour me contacter : annesophiedemonchy [@]lalettrine.fr
C’est après avoir lu la critique de La Soupe de l’espace sur le premier roman de Jean-Noël Sciriani, Nous serons des passe-muraille, que je me suis retrouvée à farfouiller dans mes piles de livres en quête d’un très court roman de Cathy Ytak, Rien que ta peau (Acte Sud Junior). Il semblait que les deux livres aient des accointances…
C’est vrai, en partie.
Pour commencer, évoquons la collection « D’une seule voix » : « Des textes d’un seul souffle. Les émotions secrètes trouvent leur respiration dans la parole. Des textes à murmurer dans l’oreille d’un ami, à hurler devant un miroir, à partager avec soi et le monde ». « D’une seule voix aborde » des thèmes souvent difficiles ou intimes (comme la perte d’un proche, la sexualité, la séparation…), du point de vue d’un personnage : celui qui est au cœur du problème. Il y a dans ces romans un réel pouvoir mimétique : les jeunes s’identifient à ces narrateurs qui traversent une période de crise ou de doute. En tout cas, gardent au fond d’eux un secret. Concernant le roman Rien que ta peau, la narratrice, Louve, aborde le thème de la première fois. Sa première fois à elle, avec Mathis.
Pourquoi le lecteur s’attache-t-il à cette histoire qui, par le choix de sa thématique, pourrait s’avérer tristement banal ? Tout simplement parce que l’auteur recourt à une écriture limpide et émouvante à la fois. Dans ce monologue, Louve s’adresse directement à Mathis et retrace leur idylle : ses difficultés à entrer en rapport avec les autres, elle que l’on dit lente et idiote, son apprivoisement, leurs premiers mots, puis leurs secrets…
La première fois n’est qu’un point de départ… Mais le texte aborde de nombreux sujets : les relations enfant/parents, le regard d’autrui, l’étrange, avec beaucoup de finesse et de pudeur. C’est en cela que ce roman peut être rapproché de celui de Jean-Noël Sciarini.
Mais ici, l’héroïne prend les devants : grâce à Mathis, elle comprend qu’elle n’est peut-être pas si différente que cela, et le cas échéant que ce ne serait pas si grave finalement.
Attention : Rien que ta peau ne se consomme qu’en une bouchée…