Un blog sans langue de bois sur la littérature. Pour me contacter : annesophiedemonchy [@]lalettrine.fr
L’échange entre JG et Cécile de Quoi de 9 sur mon blog m’a particulièrement intéressé parce qu’il montre la complexité de « gérer » l’entreprise qu’est une maison d’édition. J’ai donc poursuivi mes investigations en rencontrant un éditeur bien au fait de la déroute de l’un des deux éditeurs dont j’ai fait cas ici. Mais son raisonnement a une valeur générale, même si c'est un point de vue purement mercantile. Il n’est évidemment pas question de qualité littéraire mais d’argent.
Selon cet éditeur, cette maison d’édition, qui avait à la tête une personne d’expérience, s’est lancée aveuglément dans la cavalerie. Elle a publié énormément de livres sans réfléchir au préalable à sa cible. Alors qu’ « elle a voulu jouer dans la cour des grands », elle n’a pas fait d’études de marché ni anticipé les coûts de ses productions. Le rôle du libraire, plus encore que du distributeur ou du diffuseur, est grand car c’est lui qui vend les livres. Pour cet éditeur, « le libraire est une banque : ce qu’il n’a pas vendu, c’est perdu et c’est de la place en moins pour d’autres livres. Il veut faire du chiffre ; or un livre non vendu dans la semaine est de la place prise, c’est donc de l’argent immobilisé pour rien. En prime, il va devoir rembourser, lors des retours, l’éditeur. Pour l’éditeur, c’est tout bénéf. C’est pour ça que certains éditeurs ont abusé de la confiance des libraires parce qu’ils ont sorti des volumes, gagné de l’argent virtuel. C’est ce qu’on fait quand on est en danger : le libraire achète, les comptes de l’éditeur remontent en attendant les retours. Mais quand les retours arrivent, il renvoie de nouveaux livres au libraire. On peut rester longtemps sur ce schéma. Quand les libraires en ont marre et qu’il ont blacklisté l’éditeur, c’est fini pour lui.
Comme on aime son banquier, on aime son libraire, se méfier de lui parce qu’il a des goûts particuliers (…). Il faut ne pas décevoir le libraire : s’il y a trop de retours on arrête. (…) Ca veut dire aussi qu’on a raté notre cible. Il faut être à l’écoute du public. X ne l’était pas : elle publiait pour les quelques familles bobo de Paris ».
Bienvenue dans la dure réalité du marché !