Un blog sans langue de bois sur la littérature. Pour me contacter : annesophiedemonchy [@]lalettrine.fr
Je viens encore de lire un très bon roman, Jimmy le terroriste, d’Omair Ahmad (aux éditions Phulippe Picquier). A priori, le titre n’est pas très heureux et en même temps, il est très bien choisi. En effet, le roman retrace le destin d’un jeune homme, Jamaal, surnommé Jimmy, battu à mort par des policiers après avoir poignardé l’un des leurs. Vous croyez que je vous ai raconté la fin et qu’il n’est plus la peine de lire ce si bon roman ? Erreur : cette information nous est donnée dès le prologue.
Ce qui fait le sel de Jimmy le terroriste, ce n’est pas cet acte terrible, c’est le chemin qu’a parcouru Jamaal pour en arriver à ce point sans retour : le meurtre d’un policier. Parce que Jamaal n’est pas un bad boy. Il n’appartient pas à une bande de mauvais garçon. Il est exactement le contraire. Et son acte, si on ne le situe pas dans son contexte est incompréhensible.
Jimmy le terrorisme se situe dans une ville imaginaire de Moazzamabad, dans la partie nord de l'Uttar Pradesh, en Inde dans les années 1990. Les musulmans sont menacés par les hindous qui règnent en maître sur la ville, détruisent les mosquées. C’est dans ce contexte d’insécurité, de violence et d’humiliation que grandit Jamaal.
Orphelin de mère, Jamaal se retrouve seul auprès d’un père qui ne le comprend pas. En quoi se différencie-t-il de la plupart des enfants ? Son père, après avoir été renvoyé de l’université, décide d’enseigner à l’école coranique. Jamaal évolue dans un milieu très religieux, et est au plus près des conflits qui déchirent l’Inde. Il est fatalement beaucoup plus sensible que la plupart de ses camarades aux conflits opposant les musulmans et les hindous. Pourtant, Jimmy est un garçon tranquille, qui ne cherche pas les histoires, se tient à l’écart des autres. Et pourtant, la situation politique et religieuse empêche Jamaal d’évoluer paisiblement à Mozaamabad. Le danger imminent partout instille en lui une peur, une angoisse incommensurables.
Omair Ahmad est un vrai conteur : Jimmy le terroriste se lit d’une traite, avec un très grand plaisir. On s’attache d’abord au père Rafiq, qui rêve de s’élever dans la société, puis à la mère, qui meurt suite à son accouchement, et enfin à Jamaal, le héros, qui, pourtant ne commet aucun acte héroïque. Le roman tend à montrer que ce garçon n’avait pas d’autre choix que de passer à l'acte : parce qu’il se trouve dans ce lieu à ce moment précis, Jimmy a été contraint de commettre cet acte irréparable, la mort du policier.
Je vous recommande très chaleureusement ce roman qui est un concentré de vie : on y rit, on y pleure, on se berce d’illusion, on éprouve de la tendresse puis de la pitié pour Jamaal. Bref, Jimmy le terroriste est un roman très attachant qui permet à la fois un certain dépaysement mais aussi un retour sur soi : les conditions géographiques et politiques conditionnent-elles nos choix de vie ? Je vous laisse découvrir ce magnifique roman et attend vos réactions.