Un blog sans langue de bois sur la littérature. Pour me contacter : annesophiedemonchy [@]lalettrine.fr
Me voilà de retour de Bretagne ! J’ai passé quelques jours loin de Paris, de son agitation et de mon ordinateur. Quel plaisir ! Destination la presqu’île de Quiberon et contrairement à ce que pensent les esprits chagrins, il y a fait un temps superbe ! N’ayant pas pour vocation de remplacer la jolie miss Bourgouin, j’interromps là mon bulletin météorologique et vous conseille plutôt, si vous passez dans le coin, de découvrir la librairie Port-Maria, petite certes mais très riche en livres de toutes sortes (romans, BD, documents…). Les éditions Le Temps qu’il fait, le catalogue (complet il me semble) de la collection « Arcanes » chez Joëlle Losfeld, la littérature érotique, les romans de voyage de Payot y ont une place de choix. Je suis allée à Ravy, la plus grande librairie de Quimper. Elle est très bien fournie en livres généralistes comme universitaires. Les BD y ont encore une place de choix tout comme la section poche et les sciences humaines. Ne croyez pas que j’ai passé mon temps dans les librairies, j’ai lu aussi !

Mon coup de cœur revient à La Trilogie des jumeaux d’Agotha Kristof. Ce roman, extrêmement cruel, raconte l’histoire, au temps de la Seconde guerre mondiale, de jumeaux. J’ai été frappée par le style concis et laconique de l’auteur qui ne se perd pas en descriptions ni en détails. L’usage du présent rend encore plus puissante l’écriture. Les narrateurs alternent : dans Le Grand cahier, l’histoire est racontée à la 1ère personne du pluriel (ce sont les jumeaux qui prennent en charge le récit), dans La Preuve, le narrateur, extérieur à l’histoire, rapporte les tribulations de Lucas, l’un des jumeaux, demeuré seul dans la Grande Ville tandis que son frère a pu s’échapper en zone libre. Enfin, dans le dernier volet, Le troisième mensonge c’est l’un des jumeaux qui rend compte de son aventure.
La construction de cette Trilogie est extrêmement complexe car Agotha Kristof a voulu évoquer une époque traumatisante, celle de la guerre. A cause des conflits, des familles ont été exilées, séparées… Certaines ont perdu leur identité, ont dû quitter leur pays, abandonner leur langue d’origine, leurs idéaux…
Il m’a semblé que ce roman est une allégorie de l’écriture. Ainsi, à la fin de la lecture, on ne sait pas quelle histoire (celle des jumeaux ou bien celle de Lucas ou de Klauss) est « vraie » : les identités sont brouillées, les époques et autres repères également. On finit par douter de « leur existence » et plusieurs jours après avoir tourné la dernière page, on démêle encore les fils de l’histoire. Les nombreuses mises en abyme, les échos ne font que nous embrouiller davantage au point qu’on se crée sa propre histoire. Rares sont les livres qui me tiennent ainsi en haleine et me poursuivent des heures durant.