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Un blog sans langue de bois sur la littérature. Pour me contacter : annesophiedemonchy [@]lalettrine.fr

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Une Vieille maîtresse - Barbey d'Aurevilly (Bartillat)

Ces dernières semaines, j’ai lu essentiellement des nouveautés mais j’ai eu également l’occasion de découvrir Une Vieille maîtresse de Barbey d’Aurevilly (éditions Bartillat), roman qui fit scandale en son temps.

On dit que l’auteur s’inspira de son expérience personnelle. En effet, avant d’être un polémiste acerbe et un catholique intransigeant, Barbey d’Aurevilly a mené la belle vie. Il est né en Normandie au début du XIXème siècle au sein d’une famille noble qu’il renie pour embrasser les idées libérales et se définit comme un républicain. Après avoir publié son premier recueil de poésies politiques, il s’installe à Paris et mène une vie de dandy libertin. Il passe ses journées à musarder, à convoiter le cœur des femmes. Son bagout et son élégance lui ouvrent les salons littéraires du faubourg Saint Germain. Ce Saint-Germain du XIXème est comparable à celui que l’on connaît aujourd’hui : petit cercle fermé où se retrouve le gratin de la création littéraire, répandant les potins et autres rumeurs. Pourtant Barbey prend soudainement conscience que ses excès d’alcool et d’opium ruinent sa santé. C’est une conversion profonde et immédiate qui s’opère en lui. De dandy, il devient sans transition un catholique convaincu n’épargnant personne. C’est dans ce contexte qu’il écrit Une Vieille maîtresse.

Ryno de Marigny doit épouser la jeune et belle Hermangarde, avec la bénédiction de la marquise de Flers. Tout serait pour le mieux dans le meilleur des mondes si seulement cette vieille comploteuse, la comtesse d’Artelles, très au fait des rumeurs germanopratines, ne révèle à son amie que le prétendant de sa petite fille n’est qu’« libertin effréné », « scandale vivant du faubourg Saint Germain ». Ryno entretiendrait même une relation scabreuse depuis 10 ans avec une vieille maîtresse de 36 ans ! La vieille Artelles pense ainsi scandaliser la marquise qui, au contraire, a les idées bien plus larges mais « parce qu’on lui voyait l’esprit léger, on lui croyait toute la tête légère ; mais sous les frivoles surfaces (…) il y avait la réflexion qui voit juste et la sagacité qui voit clair ». Pour y voir justement plus clair, la marquise de Flers convie le jeune dandy qui lui ouvre son cœur et fait le récit de ses dix années d’amour « physique et sauvage » auprès de la passionnée Vellini. Par le menu, il lui raconte leurs ébats où l’amour se mêle à la haine, le désir au sang. La grand-mère ne s’offusque pas du récit, elle qui se « moque des hypocrisies de ce siècle » et estime que « dans cette loterie du mariage, les qualités de M. de Marigny étaient encore la meilleure mise ». Le mariage a donc lieu. Vellini, qui ne se résout pas à la rupture avec son amant, ne se montre pas, attend son heure. Le jeune couple se retire dans le Cotentin pour vivre loin des mauvaises langues parisiennes et surtout des tentations. Même si Ryno est sûr de son amour pour Hermangarde, il se sait faible. Il a raison d’ailleurs car Vellini n’est pas du genre à abandonner si facilement la partie. Sans y être conviée, elle débarque précisément sur la côte normande et fait savoir à Ryno qu’elle l’attend. A partir de ce coup de théâtre, on assiste à une véritable réflexion du jeune homme repenti mais encore faible, sur les affres de l’amour et du désir. S’il aime profondément Hermangarde comme aucune autre auparavant, il désire plus  ardemment encore sa maîtresse.

Ce roman rappelle Adolphe de Benjamin Constant en ce qui concerne l’analyse psychologique. Mais tandis que le pauvre Adolphe est complètement asséché et refuse d’éprouver le moindre sentiment à l’égard d’Elléonore qui a tout sacrifié pour lui, Ryno est très amoureux de sa femme. La fin est morale (quelque peu cynique cependant) et laisse la part belle aux intrigants de Saint-Germain, oiseaux de mauvais augures qui se repaissent du malheur des amants séparés.

L’adaptation d’Une Vieille maîtresse par Catherine Breillat au cinéma est l’occasion de  s’abandonner à ce roman incroyablement profond et tragique. Des livres comme celui-ci donnent envie de lire encore et encore et d’écrire !

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A
Sublime critique pour ce livre sous estimé. Je poste après avoir écouté l'émission sur Barbey d'Aurevilly sur France Culture. (le sublime infernal )
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L
J'ai ce livre et L'ensorcelée en stock, je les ai achetés au moment où ils faisaient de la pub pour le film. Comme je sors mes vieux classique français en ce moment en plus, ça tombe bien^^
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A
Oui, j'ai vu sur ton blog que tu revisitais les grands classiques. D'ailleurs Mme de La FAyette est l'un de mes auteurs préférés...A bientôt
T
Barbey d'Aurevilly est un de mes auteurs favoris depuis...toujours, je crois, du moins depuis que je l'ai découvert il y a fort longtemps. "Une vieille maîtresse" est un livre pour lequel j'éprouve une infinie dévotion, même si je lui préfère "L'Ensorcelée", un des tous premiers romans historiques auquel Barbey mêle des ambiances à la Walter Scott, une étude moeurs sardonique et quelque chose s'approchant à mon avis du fantastique-gothique anglais...je te le recommande : il y a tant de sens de lectures dans ce roman que quasiment tout le monde tombe sous le charme. Sinon bien sûr il y a les sempiternelles "Diaboliques", "Le Prêtre Marié"...et les recueils de critiques, car Barbey était avec Sainte-Beuve le plus grand critique littéraire de son époque. Un critique féroce voir violent qui ne pourrait sans doute jamais écrire aujourd'hui ce qu'il a pu écrire à l'époque (notamment sur Zola, sa bête noire). Ses chroniques sont absolument remarquables, très drôles, très méchantes mais très souvent bien vues...et puis il fut un des seuls, à l'époque des procès, à défendre "Les fleurs du mal" et "Madame Bovary"...la légende raconte que Baudelaire lui en sera éternellement reconnaissant et le lui rendra lorsque Barbey lui même passera en procès (persuadé par ailleurs qu'on veut lui faire payer ce qu'il a écrit en tant que critique).Bon je m'égards, excuse-moi !!! Je n'ai pas été voir le film...les critiques sont excellentes, mais...j'ai un peu peur, quand même. Catherine Breillat ç'a toujours l'air très bien sur le papier, et une fois dans la salle.......
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A
Merci Thom pour tous ces conseils de lecture. Partant en vacances quelques jour, je vais en profiter pour alterner livres de la rentrée et classiques. J'ai très envie de lire les nouvelles de Barbey. A bientôt et bonnes vacances !
L
Tu remarqueras que je n'avais pas lu le livre :0085:
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A
Bonjour Louis,oui, j'avais remarqué mais j'ai beaucoup aimé l'analyse que tu as faite du film.A bientôt
G
Il est temps de rendre justice à Barbey d'Aurevilly. Je m'etonne que "le rideau cramoisi" par exemple n'ait pas été repris au cinéma depuis la version d'Astruc, splendide mais actuellement introuvable.<br /> "la vengeance d'une femme" comme  "le chevalier Destouches" sont des récits très visuels . Alors, pourquoi cet oubli ?
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A
Peut-être que grâce à tes questions, des personnes seront intéressées pour porter à l'écran ces oeuvres. Patience...