Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Un blog sans langue de bois sur la littérature. Pour me contacter : annesophiedemonchy [@]lalettrine.fr

Publicité

Bégaudeau face à Todorov

La polémique sur l’avenir de la littérature déchaîne les passions. Hier, j’ai évoqué le pamphlet de Todorov, La Littérature en péril, samedi, les écrivains ayant participé à l’écriture du collectif, Devenirs du roman seront présents à la librairie du Merle Moqueur pour parler littérature, Le Figaro littéraire a organisé un débat entre Richard Millet et Jean-Marc Roberts dans un article consacré à la crise de la littérature. Enfin, quatre essais sortent au même moment pour se consacrer à ce même thème : L'Art de raconter de Dominique Fernandez (Grasset), La Littérature en péril de Todorov (Flammarion), Devenirs du roman (Inculte naïve), et Ce que peut la littérature, sous la direction d'Alain Finkielkraut (Stock/Panama).

 

Samedi dernier, dans le journal La Croix, un entretien croisé confronte le professeur et écrivain François Bégaudeau (qui participe au collectif Devenirs du roman) et l’universitaire Todorov.

Celui-ci est très inquiet de l’évolution de l’enseignement des lettres à l’école. Le structuralisme, dont il est l’un des fondateurs, a formaté l’enseignement voire l’écriture des romanciers ! Les jeunes auteurs, manquant d’assurance et désireux de plaire aux lecteurs, mettraient ainsi en application les théories transmises par le structuralisme. Bégaudeau, en tant que professeur, n’approuve pas ce point de vue pessimiste. D’abord, apprendre à reconnaître, au lycée, les différents registres (c’est-à-dire les « tons ») permet de mieux comprendre les œuvres, et pas seulement de s’attacher à leur forme. Etudier le registre comique d’un texte ouvre des perspectives en ce qui concerne son sens. L’avantage également de recourir à ces théories structuralistes est de permettre d’aider des élèves en difficulté d’entrer dans un texte. Par exemple, le schéma actanciel permet de comprendre les rôles que jouent les personnages d’une pièce de théâtre (qui est le héros, qui s’oppose à lui, etc). Ces techniques favorisent la compréhension de textes qui seraient demeurés perméables aux élèves les moins réceptifs.

Mais Todorov n’en a cure : ce qui importe c’est de montrer la portée universelle des grands classiques, montrer que ces textes parlent de nous et nous aident à mieux vivre !

 

Dans le domaine du roman contemporain, Todorov déplore le fait que les auteurs ne racontent pas un monde commun, qu’ils se limitent à leur univers nombriliste sans s’ouvrir aux autres. Mais encore une fois, l’écrivain Bégaudeau ne partage pas cet avis. Il n’est pas nécessaire d’écrire le monde. Lui, par exemple, souhaite donner une vision de sa propre expérience, et non rendre compte d’un monde unique. Pourtant, Todorov aimerait que « les auteurs se sentent responsables, c’est-à-dire qu’ils assument la continuité entre le monde dans lequel ils vivent et le monde qu’ils créent. Moi et les autres, réel et imaginaire forment un monde commun », non pas, comme le croit Bégaudeau, un monde « unique ». Celui-ci rappelle que Beckett, en son temps avait décrété que le « monde commun » n’existe plus et a écrit en fonction de ce constat. De même Kafka n’aurait pas aimé ce « monde commun ». D’ailleurs, selon lui, le livre n’a pas pour vocation de nous dépasser ni de nous transformer, « je dirais plutôt qu’il nous « confirme » dans ce que nous sommes. Là où je reste assez soucieux de forme, c’est nourri de la conviction que, dans un livre, ce sont sa forme, sa langue, sa musique qui sont les véritables vecteurs de transformation du lecteur, beaucoup plus que la thématique et le sens, qui finalement ne produisent qu’un statu quo ». La forme, la musicalité par opposition au sens, à la transcendance de la littérature. Le débat reste ouvert…

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
B
Vas-tu nous parler de Devbenirs du roman? J'ai lu que tu comptais rencontrer les auteurs du collectif?
Répondre