Un blog sans langue de bois sur la littérature. Pour me contacter : annesophiedemonchy [@]lalettrine.fr
Mai 1985, à Bruxelles, finale de la coupe d’Europe opposant les Reds de Liverpool à
Quelle surprise en lisant ce gros roman de près de 400 pages et d’admettre qu’il n’y est guère question de football. Dans la première partie, l’histoire se met en place. Les différents personnages sont présentés, lentement, par petites touches. Il y a donc les Français Jeff et Tonino, les Anglais Geoff et ses frères, les jeunes mariés italiens Tania et Francesco et les Belges Gabriel et Virginie. Tous se sont rencontrés, par hasard, à Bruxelles, la veille de la finale à laquelle ils comptent bien assister. Pour fêter l’événement, ils vont boire des bières dans des pubs. L’alcool coule à flot, des billets pour le match sont volés…
Le jour de la finale arrive. Les supporters sont là mais la foule les envahit et les emporte. Gabriel entend des cris. Les Hooligans commencent le massacre. On ne voit rien, on entend des cris, on perçoit des peurs, des terreurs, des blessures. C’est la cohue, le trouble. Et finalement, dans ce petit groupe retrouvé à l’hôpital, il en manque un…
Ce roman est encore polyphonique : tour à tour et à l’intérieur d’un même chapitre (il faut être vigilent) Geoff, Jeff, Tania et Gabriel vont prendre la parole. Ils racontent, selon leur point de vue, ce qui s’est passé. Chacun a vécu ces événements différemment. Mauvignier a choisi le monologue pour mettre en forme son roman. « Certains personnages ont la parole, d’autres pas, confie-t-il dans un entretien pour Le Matricule des Anges. Pour parler il faut être du mauvais côté du manche (…) » ou être « un perdant ». Les personnages s’expriment avec beaucoup de finesse et de profondeur. Jeff, par exemple, décrit de façon épique les mouvements de foule et le massacre au stade, en spectateur impuissant : « ces fronts, ces mains levés, une femme qui sort en courant et moi qui veut l’aider – ce type avec sa veste de survêtement rouge dont le rouge se confond avec celui sur les cheveux parce que c’est le même rouge que sur la moitié de son visage, ce sang qui dégouline et cette bouche ouverte, la main sur les cheveux – il avance vers moi – je ne veux pas – je ne peux pas ». On est bouleversé également par la suite lorsque Tania cherche désespérément Francesco. Et l’on craint en lisant la confession de Geoff, peut-être pas si innocent que cela dans cette tragédie.
Lire l'avis de In Cold Blog et de Clochette