Un blog sans langue de bois sur la littérature. Pour me contacter : annesophiedemonchy [@]lalettrine.fr
Sur les conseils de la journaliste Martine Silber qui a appris que j’avais acheté Aden Arabie de Paul Nizan, je suis allée hier soir au théâtre de la Commune à Aubervilliers assister à une mise en scène du texte.
Je n’avais pas eu le temps de lire intégralement Aden Arabie avant de voir la pièce : j’avais simplement parcouru quelques pages, notant l’humour acide de Paul Nizan qui décrit avec lucidité la société, au lendemain de la Première Guerre mondiale, au moment où certains, la jeunesse particulièrement, commencent à perdre leurs illusions. Aden Arabie s’ouvre d’ailleurs sur ces mots : « J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie ». Ce pamphlet ne décrit pas un séjour exotique au Yemen mais l’ennui profond que l’auteur éprouve lors de son séjour et réalise que le voyage ne lui offre pas la liberté qu’il espérait.
A son retour en France, Nizan s’inscrit au Parti communiste et en devient un membre actif jusqu’en 1939, date à laquelle il rompt à cause du pacte germano-soviétique, qui est selon lui le signe d’une alliance entre les communistes et les nazis. Un an plus tard, il est tué par une balle allemande. Evidemment sa rupture avec le parti a déplu : il a écopé de très nombreuses critiques virulentes, est considéré comme un traître.
Finalement, Paul Nizan meurt à l’âge de 35 ans, dans l’oubli. Il n’est réhabilité qu’en 1960 grâce à la réédition d'Aden Arabie incluant la préface de Jean-Paul Sartre, son ami de toujours.
C’est Didier Bezace, directeur du théâtre de la Commune, qui a mis en scène à la fois le texte de Paul Nizan ainsi que la préface de Jean-Paul Sartre. L’idée est excellente d’autant que la préface est une bonne entrée en matière : elle permet de comprendre dans quel contexte a été écrit Aden Arabie et d’avoir quelques clefs sur la personnalité désenchantée de Paul Nizan.
Le spectacle est d’une très grande sobriété : pas de décor, juste un pupitre, un peu de sable et une valise en carton. Deux comédiens, Daniel Delabesse et Thierry Gibault, interprétant les deux amis normaliens. Seuls sur scène, ils ne se trouveront qu’au dernier instant, avant que le rideau ne tombe. Tout le spectacle repose donc sur la force du texte et le jeu des comédiens.
Je n’ai pas regretté d’avoir assisté à ce spectacle, un tantinet ardu voire aride, qui, selon la formule de Didier Bezace, incarne « une part importante de l’intelligence humaine et de l’éternel combat pour le progrès ».
Théâtre de la Commune à Aubervilliers - 2 rue Edouard Poisson
Jusqu'au 30 novembre.
Tél : 01 48 33 16 16