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Lalettrine.com

Anne-Sophie Demonchy
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6 décembre 2011 2 06 /12 /décembre /2011 18:38

carolinelunoir.jpgPoursuivons les compte-rendus des rencontres Hervé Bazin aux Rosiers avec la venue de Caroline Lunoir qui a accepté de participer à une table ronde sur la famille aux côtés de Lise Benincà et de Camille Bordas. Son premier roman est sorti en août dernier aux éditions Actes Sud. Il s’intitule La Faute de goût.

 

Ce roman correspond tout à fait à la thématique de la table ronde puisqu’on y retrouve des problématiques propres à la famille : le poids de l’héritage, les conflits générationnels, les choix de vie…

 

D’emblée, le lecteur pourra s'étonner de la minceur du roman (113 pages), mais il aurait tort de s’arrêter à ce constat. Ce petit roman satirique se lit avec dégustation. Pour l’apprécier à sa juste valeur, il faut prendre son temps, savourer et non pas le dévorer. En effet, La Faute de goût  n’est pas un page turner, ne vous attendez pas à un drame, des péripéties et autres rebondissements. Ici, le drame se résume à l’ « audace » de la gouvernante qui, sur l’autorisation d’un des copropriétaires, s’est baignée dans la piscine familiale ! Pas de quoi fouetter un chat. Et pourtant...

 

Nous sommes le 15 août. Comme chaque année, la maison de l’arrière-grand-père rassemble quatre générations. La narratrice retrouve ainsi grands-tantes, oncles, tantes, cousins… Comme chaque année, on parle de tout et de rien. On n’est pas identifié par son nom mais par la génération et la branche auxquelles on appartient. Pour que chacun puisse passer des vacances en toute harmonie, on évite de parler des sujets sensibles. Le milieu bourgeois veille au respect de certains principes. Il n’est pas question de remettre en cause la tradition, les conventions, même si l’on n’est pas toujours d’accord. On feint l’approbation pendant les vacances.

 

La maison est gérée en indivision. Les grands-tantes s’occupent des affaires familiales et parviennent à réunir la tribu, mais la narratrice sait bien que lorsqu’elles ne seront plus là, la situation évoluera fatalement. Mais rien n’est dit : les différents membres de la famille n’osent imaginer l’avenir. Il est question du poids de l’héritage et de la réalité de ce que cela implique : la nouvelle génération aura-t-elle envie de gérer ainsi une « maison empaillée » comme ont voulu le faire les sœurs ? Les liens du sang seront-ils assez solides pour faire des concessions au point de garder debout une maison plus riche de symboles que de valeur réelle ? Dans ce roman, les protagonistes prennent peu la parole, le sujet est tabou. Le dialogue n’est pas naturel sinon pour échanger des propos futiles.

 

Les générations semblent également avoir des difficultés à se comprendre. Ainsi, la narratrice se retrouve au bord de la piscine. Son grand-père et son grand-oncle discutent de la guerre et de leur engagement, tout en critiquant la nouvelle génération qui ne sait pas ce que sont les conflits internationaux, et qui se persuade qu'elle aurait évidemment fait de la résistance. Et la narratrice de penser, sans oser en faire part aux interlocuteurs : « Votre survie et la perpétuation du système ne se décident pas au bout de notre fusil. La voracité de l’Histoire m’a épargnée ; c’est vrai, je suis de ceux qui restent assis, à contempler leur siècle. Au bord de la piscine. » Mais elle n’a pas l’audace de leur faire part de son point de vue. Dans ce roman, il n’est pas question de mettre les pieds dans le plat, de se parler franchement. On écoute, on s’observe mais on ne contredit pas. Du côté des aïeux, on ne s’étonne pas par exemple que les grands-tantes aient accepté de se faire battre par le père sans estimer qu’elles étaient mal traitées. Du côté de la nouvelle génération, on ne s’étonne pas que leurs filles, après avoir fait de brillantes études universitaires, aient sacrifié leur carrière pour se marier et se consacrer à leurs enfants. En famille, il n’est pas permis de remettre en cause les affirmations des uns et des autres. La narratrice constate d’ailleurs que leurs liens du sang ne tiennent qu’à ce consensus.

 

La Faute de goût est un premier roman subtil et riche de questionnements sur la place que l’on a au sein de la famille, la façon dont les conflits se résolvent…  Un roman que je vous recommande vivement !

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Published by Anne-Sophie - dans Pas mal...
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commentaires

Anne-Sophie 08/12/2011 21:20


Merci ! Si tu as l'occasion de le lire, dis-moi ce que tu en as pensé.

Chris 07/12/2011 09:05


Bonjour !


Tu donnes vraiment envie de lire ce huit clos. Merci !