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Lalettrine.com

Anne-Sophie Demonchy
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7 octobre 2006 6 07 /10 /octobre /2006 17:32

Comme promis, je vous retrouve au sujet du festival America et ai choisi de vous évoquer la matinée de dimanche dernier. Il s’agissait d’une rencontre avec les écrivains préférés de Télérama. Martine Laval et Jean-Yves Bochet animaient ces entretiens individuels. Le premier invité fut Joseph Boyden, jeune Canadien, auteur du Chemin des âmes (Albin Michel) qui a reçu le grand prix littéraire au Canada ainsi que le prix des lecteurs America. Son livre est l’histoire de deux amis d’enfance, des Indiens, qui décident de partir en Europe et s’engager dans l’armée afin de participer à la Première Guerre mondiale. Là-bas, ils connaîtront l’enfer et reviendront sur leur terre déboussolés, sans illusions. Joseph Boyden avoue avoir choisi ce sujet pour diverses raisons personnelles : d’abord son oncle et son grand-père ont combattu auprès des Européens au cours de la Grande Guerre, ensuite parce que l’engagement des Indiens dans les armées européennes n’est pas un fait connu du grand public, enfin, il a eu pour ami le fils d’un tireur originaire d’une tribu amérindienne. Boyden a donc voulu raconter la triste expérience de ces hommes qui se sont battus pour l’Europe et dont leur courage et leur engagement sont passés sous silence. L’écriture de son roman fut pénible, douloureuse et s’étendit sur plus de quatre ans. Durant cette période, il s’est documenté, a voyagé pour visiter les lieux de combat, les cimetières… Quand le roman fut achevé, Boyden l’a montré en premier lieu à son éditeur, Francis Geffard (créateur du festival America !). Celui-ci trouvait l’histoire intéressante mais n’était pas complètement satisfait : l’auteur et l’éditeur réfléchirent ensemble à la forme du roman et décidèrent de ne pas raconter la tragique expérience de ces Amérindiens de façon chronologique mais au contraire en remontant le temps, de l’après-guerre à leur décision de partir au front. Boyden a dû ensuite nous quitter car il avait un autre rendez-vous au festival. Ce fut dommage car c’est un homme brillant et surtout doté de beaucoup d’humour.

            L’Américain Iain Levison est intervenu ensuite. Il vient de publier chez Liana Levi Une Canaille et demie. Jean-Yves Bochet, afin de nous expliquer le roman et l’œuvre de cet auteur, a fait un détour en nous racontant sa vie : c’est un écrivain original, véritable bourlingueur qui a fait son service militaire en Afrique du Sud, a créé une société de cinéma rapidement en faillite puis a exercé quarante-deux petits boulots en dix ans desquels il fut viré la plupart du temps ! Son premier roman Un Petit boulot (Liana Levi) raconte l’histoire d’un homme qui a perdu son boulot et qui est prêt à tout pour travailler y compris devenir tueur à gages. Levison fait le portrait d’un personnage loyal, appliqué exactement le contraire de lui ! Ce roman « moral » fait la critique de la société américaine et évoque la triste existence des laisser-pour-compte dont personne ne parle jamais. Il veut s’en faire le porte-parole. Son deuxième roman, Une Canaille et demie est également très subversif, loin des idées admises… Il réunit à Tiburn un braqueur plutôt sympathique, un professeur d’université admirateur du III Reich et un agent féminin du FBI ! Levison a essentiellement axé son propos sur la difficulté qu’il a d’être publié. En effet, aux Etats-Unis, il n’a pu trouvé d’éditeur : on lui a demandé de transformer la fin… Comme en France on a aimé le roman dans son ensemble, c’est ici qu’il est publié !

            Le fameux scénariste mexicain, Guillermo Arriaga, auteur de Trois Enterrements, a pris ensuite la parole. Son premier texte, paru en 1991 montrant déjà son goût pour le morbide et le non-conformisme : Escadron Guillotine (Phébus) raconte que les guerillos mexicains remettent au goût du jour la guillotine. C’est une sorte de fable pleine d’enseignements. Guillermo est un universitaire qui côtoie de nombreux historiens quotidiennement. Contrairement à eux, il ne recherche pas la vérité historique mais a recours aux mythes et à leur interprétation. Ainsi, Un Doux parfum de mort (Phébus) est le récit de trois jeunes Mexicains : deux amis et une femme. L’un se suicide et revient hanter le couple. Arriaga confie s’inspirer du présent pour créer ses personnages. Selon lui, les jeunes actuellement cherchent à rire, à se divertir en écoutant des émissions abrutissantes afin d’oublier leur mal de vivre et leur douleur. Il propose alors une issue à ce désespoir : l’amour, qui serait la plus grande réalisation à laquelle on doit aspirer. Néanmoins, son roman montre aussi que l’amour peut mener à l’aliénation et la destruction.

            Enfin, j’eus l’immense plaisir d’entendre de nouveau Alberto Manguel. Son entretien fut essentiellement moral et politique. Son premier roman, affirma-t-il, fut rédigé à la suite d’une question portant sur la dictature argentine dans les années 70. Quand il était plus jeune, il avait eu un professeur extraordinaire qui lui avait véritablement donné le goût de la lecture, activité vitale et humaniste. Or, des années plus tard, il apprit que cet homme avait dénoncé, lors de la dictature, ses propres élèves et en avait torturé certains ! Manguel s’était alors demandé comment un homme aussi cultivé, lettré et passeur de connaissances pouvait en même temps donner la mort. Il a décidé alors de se mettre dans la tête de ce tortionnaire, ce qui a donné naissance à son premier roman.

            Manguel a voulu dénoncer la crise éditoriale aux Etats-Unis déjà évoquée par Iain Levison : selon lui, l’appareil commercial et le profit nous détruisent en tant qu’humains. Les livres sont dictés par les lois du marché et ont une date limite de vente. Je vous rappelle en effet, chers lecteurs, qu’un roman fraîchement publié, est envoyé au pilon s’il n’obtient aucun succès et ne peut être revendu à un prix décent au-delà de deux mois !!!

            Enfin J-Y Bochet demanda à Manguel, biographe et proche de Borgès, quelle avait été sa position par rapport à cet homme conservateur, défenseur de la dictature argentine. Celui-ci sans se troubler lui rappela qu’« un écrivain n’a d’autre obligation que d’être un bon écrivain » et n’est pas tenu d’être une personne éthique ni même aimable.

           

Cette matinée en compagnie de ces quatre écrivains fut vraiment enrichissante, j’ai particulièrement apprécié Manguel et Arriaga, mais tous ont parlé avec intelligence et humour. Leurs propos n’étaient pas lisses, tous défendaient leur point de vue en ce qui concerne la politique, la culture et l’édition en Europe comme en Amérique.

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Published by Anne-Sophie - dans Rencontres
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commentaires

Thom 09/10/2006 13:39

Pas la peine de remercier :-)

Thom 07/10/2006 20:42

Ce n'est plus du commentaire, c'est du reportage !
Merci Anne-Sophie, c'était vraiment très intéressant.

Anne-Sophie 08/10/2006 12:08

Merci Thom !A bientôt