Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Lalettrine.com

Anne-Sophie Demonchy
Des livres, des films, des expos et bien plus encore...

 

Mail : annesophiedemonchy [a] lalettrine.fr

Twitter : @asdemonchy

Mon CV : annesophiedemonchy.com

 

 

768 000  lecteurs et
plus de 230 livres chroniqués
depuis le 21 août 2006

follow-me-twitter.png

Recherche

Ma bibliothèque

Mes livres sur Babelio.com

Archives

Infos







logo-lettrine-negre-litteraire.jpg

 

 

classement-lettrine.jpg

 





2 juillet 2009 4 02 /07 /juillet /2009 09:50

Chaque année, je suis convoquée pour surveiller ou corriger le brevet, chaque année, je reste hébétée devant les sujets… Depuis longtemps déjà, les programmes mettent l’accent sur l’analyse de texte, la culture, les textes fondateurs… Lorsqu’on est stagiaire, nos formateurs mettent un point d’honneur à rappeler qu’il faut donner le goût de la lecture et mettre surtout de côté la grammaire au point de ne plus faire de cours à l’ancienne (l’attribut, les compléments circonstanciels, etc.). On tente donc d’appréhender les textes de façon méthodique, de faire réfléchir (dans la mesure du possible) les élèves sur un thème, un personnage…

 

Aussi je ne comprends pas pourquoi au Brevet les élèves ont droit à des questions de grammaire quasi exclusivement. Cette année, ils ont dû plancher sur un texte de J-M. G. Le Clézio, L’Enfant de sous le pont. Pour commencer, on ne cesse de répéter aux élèves qu’il ne faut pas faire de paraphrase. Dès la première question, nos chers petits doivent se demander pour qui on les prend puisqu’elle les somme de « releve[r] au moins deux éléments qui caractérisent la vie d'Ali », entre la ligne 1 et 5. Non, non, vous ne rêvez pas : on leur mâche tout le travail. Le texte est ainsi saucissonné de 5 lignes en 5 lignes… Les élèves sont guidés, et ne peuvent déborder de l'espace qu'on leur mpose.


Les questions suivantes sont essentiellement grammaticales et portent sur les rapports logiques, les propositions subordonnées et les expansions du nom. En passant dans les rangs, je me suis rendu compte que certains n’avaient pas compris que lorsque l’on évoque les liens logiques, cela ne signifie pas qu’il y a une certaine logique dans les rapports entre les personnages !!

 

J’ai trouvé les questions si faciles (ex : "avec d'infinies précautions" - a) Donnez la fonction grammaticale de cette expression (0,5 pt). b) Indiquez quel trait de caractère d'Ali est ainsi mis en valeur (0,5 pt). c) Relevez dans la suite du texte un indice qui conforte votre réponse (0,5 pt)) qu’elles en étaient déconcertantes…

 

La question de réécriture était plus facile encore puisqu’il s’agissait de « réécri[re] la phrase suivante : "Ce matin-là Ali était fatigué. Il pensait à la bonne lampée de vin qu'il allait boire avant de se coucher (...), sous sa couverture militaire qui l'abritait du froid comme une tente." Vous remplacerez Ali par Ali et Marcel en effectuant toutes les modifications nécessaires ».

 

Enfin la dictée… Rappelons-nous quand même au passage que M. Darcos comptait remettre à l’honneur l’orthographe… Elle faisait quatre lignes et je ne puis m’empêcher de vous la soumettre pour que vous puissiez vous-même apprécier toute la difficulté de la chose :

 

Dans les villages, on ne lui donnait guère: on le connaissait trop ; on était fatigué de lui depuis quarante ans qu'on le voyait promener de masure en masure son corps loqueteux et difforme sur ses deux pattes de bois. Il ne voulait point s'en aller cependant, parce qu'il ne connaissait pas autre chose sur la terre que ce coin de pays, ces trois ou quatre hameaux où il avait traîné sa vie misérable. Il avait mis des frontières à sa mendicité.

 

                                                                       Maupassant, Contes du jour et de la nuit

 

Parce que c’était une dictée épineuse, les mots "loqueteux" et "hameaux" devaient être écrits au tableau...


Ce qui me console c’est que cette année, je suis dispensée de correction… Car toutes les consignes que l’on donne durant l’année (faire des phrases complètes et compréhensibles pour répondre aux questions) n’ont aucune raison d’être au brevet. Si l’on retrouve la bonne réponse quelle que soit sa formulation (y compris un simple mot mis entre guillemets), l’élève a le point…

 

Il est vraiment dommage de faire une épreuve vidée de tout sens et qui va à l’encontre du programme et de la méthode mise en œuvre tout au long des années collège… Je me demande ce que les élèves pensent de ces sujets... Pour ma part, je reste perplexe.

Partager cet article

Repost 0
Published by Anne-Sophie - dans Polémiques
commenter cet article

commentaires

Anne-Sophie 07/07/2009 16:58

@ Bonjour Sully, ne vous inquiétez pas, je défends la grammaire et la pratique avec mes élèves tout au long de l'année... comme le vocabulaire et l'orthographe d'ailleurs. Mais  ce qui est attendu d'un élève en fin de 3ème me paraît stupéfiant...@ Coralie, en effet, M. Darcos doit se frotter les mains. Mais il n'est pas le premier des ministres à avoir voulu ces objectifs...

Coralie Ruiz 07/07/2009 13:40

Bonjour,Pour ma part je trouve également ces questions d'une facilité déconcertante.Ayant passé le brevet blanc il y a deux ans je ne vois aucun changement : le but est qu'un maximum d'élèves l'obtiennent  ...Il me semble que Mr Darcos a réussi son pari ...Cordialement.

Sully 07/07/2009 12:09

J'ai eu quelque effroi en entamant la lecture de cet article... J'ai cru que vous vous engagiez contre la grammaire au Brevet ! Il est vrai que le niveau grammatical enseigné et exigé est des plus pitoyables ; dire que c'est le latin, en première littéraire, qui me permet de découvrir des éléments syntaxiques fondamentaux, et dont je n'avais jamais eu écho auparavant ! Les questions sont risibles, la dictée, médiocre, sans compter la réécriture... Zéro pointé à l'éducation nationale... Daignez que je ferme les yeux devant votre ultime commentaire ! Je ne sais, tout du moins, ce qu'il y a de plus alarmant : le niveau des élèves au Brevet ou bien celui des lycéens... Bonne semaine, malgré tout !

Anne-Sophie 06/07/2009 10:39

Voilà Marco, tu m'as tout à fait comprise... Aucune exigeance... Et je sais parfaitement qu'au bac fançais le problème se pose de nouveau. J'ai entendu plusieurs conversations dans le bus entre lycéens au sortir des oraux... J'ai eu un peu peur... Molière, un romantique... Le surréalisme, mouvement du début du 21ème siècle...

Anne-Sophie 06/07/2009 09:15

Bonnes vacances, François...