Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Lalettrine.com

Anne-Sophie Demonchy
Des livres, des films, des expos et bien plus encore...

 

Mail : annesophiedemonchy [a] lalettrine.fr

Twitter : @asdemonchy

Mon CV : annesophiedemonchy.com

 

 

768 000  lecteurs et
plus de 230 livres chroniqués
depuis le 21 août 2006

follow-me-twitter.png

Recherche

Ma bibliothèque

Mes livres sur Babelio.com

Archives

Infos







logo-lettrine-negre-litteraire.jpg

 

 

classement-lettrine.jpg

 





29 mars 2009 7 29 /03 /mars /2009 11:28

Vendredi, j’avais rendez-vous dans un hôtel, à deux pas du Panthéon, avec Edgar Hilsenrath, l’auteur de Fuck America, accompagné de son traducteur Jörg Stickan et de son éditeur, Benoît Virot. Agé de 83 ans, Edgar Hilsenrath a connu les ghettos durant la guerre, l’exil en Israël puis aux Etats-Unis. Aujourd'hui, il vit en Allemagne. Son parcours éditorial est également chaotique : après avoir été boycotté par son propre pays parce qu’il proposait une vision trop burlesque et trop crue de la Shoah, c’est aux Etats-Unis qu’il connaît le succès en premier lieu. Depuis, l’auteur est auréolé de prix et reconnu internationalement.

Rencontre.

 

Votre narrateur exprime clairement qu’il n’a pas aimé les Etats-Unis, d’où le titre Fuck America. Pourquoi avez-vous tant détesté ce pays ?

Les Américains étaient trop superficiels et matérialistes. J’avais beaucoup trop de problèmes avec les femmes qui étaient trop chères. Je voulais dénoncer la mentalité, l’avidité. On était accroc à l’argent aux Etats-Unis. On était jugé par rapport à ce qu’on gagnait et ce qu’on possédait.

 

Le rêve américain était donc une illusion ?

De toute façon pour moi, il n’était pas question du rêve américain, je n’avais ni argent, ni femme ni rien. Donc je n’y pensais même pas.

 

Vous auriez pu y parvenir en essayant de vous faire éditer par le biais d’un agent…

Ce n’était pas possible ! Personne ne me connaissait ! Je n’étais qu’un écrivain crève-la-faim.

 

Mais alors comment avez-vous pu être publié aux Etats-Unis ?

C’est en effet un agent américain qui a placé Nuit puis Le Barbier et le Nazi chez un éditeur. Mais d’abord ces livres ont été publiés en Allemagne en très petits tirages et étaient pour ainsi dire boycottés par l’éditeur lui-même. Pour remplir son contrat, il a publié au minimum et a envoyé la moitié des livres aux journalistes. Une fois les livres épuisés, il ne les a pas réédités. Par contre, Nuit a été publié ensuite aux Etats-Unis grâce à un agent. C’est l’éditeur allemand qui le lui a soumis. L’agent a casé le livre et Nuit est revenu en Allemagne grâce à une recommandation d’un grand journal germanophone aux Etats-Unis  qui en a parlé à un éditeur allemand. C’est là que le livre a connu du succès en Allemagne.

[Précision du traducteur : Fuck America est le seul livre qui n’est pas traduit en anglais].

 

Est-ce que ce succès a changé quelque chose pour vous ?

Au début, il y avait beaucoup de réactions dans la presse mais pas je ne faisais pas de best-sellers. Ensuite quand ça a marché, ma vie n’a en rien changé. D’un point de vue international, ce sont des best-sellers. J’ai pu vivre grâce à mes livres, mais ma vie est restée exactement la même…

 

Vous faites dire  Jakob Bronsky dans Fuck America qu’il ne se sent pas Allemand car les écrivains germaniques manquent d’humour. Est-ce vrai ?

Oui, c’est vrai ça !

 

Vous sentez-vous appartenir à un pays ?

Ma patrie est dans ma tête. Mais, je ne me reconnais que dans la langue allemande.

 

Vous faites également référence à Kafka et à Remarque dans ce livre, auteurs que vous admirez, je crois.

Remarque m’a enthousiasmé par rapport à son talent, ses dialogues très concis et sa manière de rendre l’atmosphère. J’étais tellement impressionné en pensant au roman Arc de triomphe que je me suis mis à écrire Nuit.

 

Pourquoi cette référence à Max Brod à la fin du roman ?

Max Brod, je le connaissais comme écrivain. Quand j’étais en Israël, j’ai appris qu’il vivait à Tel-Aviv et je lui ai écrit une lettre. Il m’a répondu une lettre très longue. Dans sa réponse, il me répond que si je veux devenir écrivain, il faut d’abord que je fasse de profondes études littéraires. C’était une réponse assez décourageante. Pour moi, mes études c’était la vie.

 

Votre livre est une sorte de mise en abyme : vous racontez l’histoire de Bronsky qui raconte ses périples pour écrire son livre, qui s’avère être en fait votre premier roman autobiographie, Nuit. Comment avez-vous procédé pour composer votre roman ?

Pour moi, c’est un livre à moitié autobiographique, et l’autre moitié est fictive. J’ai écrit de façon très spontané mais comme mon narrateur, j’écris en pensant de chapitre en chapitre. Chaque chapitre est une sorte d’épisode mais il y aune structure de l’ensemble. Un roman ne s’écrit pas en un jour. J’ai écrit Fuck America en 6 semaines.

[Précision du traducteur : Edgar Hilsenrath prend toujours de très longues pauses entre ses romans pour laisser germer les idées mais une fois que la structure est en place et qu’il sait exactement ce qu’il veut écrire, la rédaction va très vite].

 

Ecrivez-vous en ce moment ?

J’ai un projet… Mon dernier roman remonte à deux ans… Mon prochain roman portera encore sur le thème de la mémoire : la seconde Guerre mondiale vue du point de vue de deux enfants.

 

Pourquoi vos premiers livres ont-ils été ainsi boycottés en Allemagne ?

Dans les années 60, on ne pouvait parler des juifs que comme des victimes innocentes et pures. Les temps changent. Dans Nuit, les juifs ne sont pas nobles mais sont  de misérables créatures qui survivent comme elles peuvent.

 

Les éditions Attila prévoient de publier Le Barbier et le Nazi en 2010 et Nuit en 2011. Pouvez-vous m’en parler ?

[Réponse de Jörg Stickan] Pour faire une bonne entrée en matière avec toutes les obsessions d’Edgar Hilsenrath, on a pensé que c’était mieux de commencer par Fuck America pour remonter plus facilement dans le temps. Par ce mode de publication à l’envers, on essaie de montrer comment Edgar Hilsenrath a tenté de bâtir son œuvre.

Le Barbier et le Nazi est une satire terrible sur deux enfants, un goy et un juif. Le goy va devenir un nazi, exécuteur dans un camp de concentration où il massacre entre autres en masse la famille du barbier et après la guerre il revient et est recherché comme criminel de guerre. Il part à Berlin se faire circoncire pour se faire passer pour l’autre, le juif, qu’il a tué. Et ce faisant, il endosse la cause juive, voire sioniste. Il part en Israël. Du nazi, massacreur, il devient juif militant. C’est un roman hilarant, troublant que je rapproche étrangement du roman Tambour de Günter Grass. Edgar insiste beaucoup sur le fait que c’est le premier roman qui parle de la Shoah du point de vue du coupable et non Jonathan Littell !

 

Nuit est un pavé énorme. La critique principale à l’époque était qu’il montrait les juifs sous un mauvais jour parce qu’on ne voit pas les bourreaux. Les juifs sont laissés à l’abandon dans des ghettos. Ils violent, volent... Comme on ne mettait pas leurs actes en perspective avec ceux des bourreaux, ce n’était pas acceptable. Il y a une scène où un type est tué. On défense sa gueule pour lui voler ses dents en or. Tout ça est raconté de manière très distante. Ce qui n’était pas acceptable.

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Anne-Sophie - dans Interviews
commenter cet article

commentaires

d 15/04/2009 15:09

je ne connaissais pas du tout, merci pour cette découverte

sirius 08/04/2009 18:01

merci Anne-Sophie. Je viens de le lire pour une reprise en poche, avant de découvrir votre post. Il est grotesque et d'un désespoir absolu, j'ai hâte de lire les suivants.

Nanne 02/04/2009 14:37

J'ai apprécié ton billet sur le roman "Fuck America" et l'interview que tu as faite de cet auteur confirme bien la qualité et l'humour noir de ce livre ! J'ai hâte de le découvrir, ainsi que ces précédents ouvrages ... Merci pour cette belle découverte !

Christophe 01/04/2009 21:52

Anne-Sophie, merci d'avoir relayé cette sortie par ce si riche entretien. Ici aussi, sur fluctua, on peut trouver des propos très intéressants.http://livres.fluctuat.net/edgar-hilsenrath/interviews/5457-Entretien-avec-Edgar-Hilsenrath.htmlJe viens aussi de lancer un billet dans la taverne au sujet de ce Fuck America. Tu verras, j'ai essayé de faire quelque chose d'assez original. J'espère retrouver très bientôt des traductions de ce Monsieur Hilsenrath chez Attila.

salamone 30/03/2009 16:59

J'aime ces hommes dignes, impartiaux et qui ne cachent rien, même s'ils subissent les violences, les exlusions des autres.M. Edgar Hilsenralth, il me reste à le découvrir au travers de ces écrits.Je vous laisse à lire, La bulle de l'affront remodelée.
La bulle de l’affront

 
 
Ils sont arrivés à la cime des marches pyramidales
Se sont hissé là-haut mais sans atteindre le graal
Des hommes sans âge ni âme à l’abri des regards
Et se croyant immortels ont appauvrit la volonté et l’art
 
Le ciel avait beau pâlir les gronder à quoi bon !
Les tours d’ivoire attiraient  d’habiles nouveaux escrocs
De futurs économistes des financiers aux longs crocs
A l’haleine Madoffienne chasseresse de gros pognon
 
Stock-options à la pelle pour les élites bonus à gogo
Il fallait déchiffrer les messages des dieux des bobos
Dieu la crise fait rage les moralistes changent de camp
 
Quand finiront-ils de vendre leur âme au diable ?
Ô ne croyez surtout pas que tous sont détestables
Riches et  banquiers sans cœur et hors du temps
 
Même s’ils font pleurer les sages et mourir des gens
Honnêtes qui ont cru à leur scabreux tempérament
Où est la bulle la bête visqueuse qui laisse tant de maux ?
 
Allez ouvrez vos poings on vous tendra nos mains nues
Sans détours sans remords et sans la haine qui tue
Banquiers vous avez sans gêne cachés volés nos joyaux
 
Ô braves qu’on dépouille dans tous ces tours de passe-passe
Que font ? Qu’ont-ils fait ? Que feront ? Nos lauréats de la glace
Qu’ils transportent avec eux cette image des médias trop aigris
 
 L’angoisse vit ô nos chers dirigeants soyez attentifs à nous
Ce peuple qui vote pour vous tous ces gens mis à genoux
Qui s’épuisent qui finissent leur vie dans des squats pourris
le 22 janvier 2009Giuseppe