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Lalettrine.com

Anne-Sophie Demonchy
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4 mars 2009 3 04 /03 /mars /2009 16:27

J’ai toujours été très influencée et hantée par les écrivains fous, tentant de décrire leur univers, leur vision d’un monde déformé. Je pense bien sûr à Antonin Artaud, mais aussi à Hölderlin, Nerval, Maupassant et bien sûr… C’est donc avec enthousiasme que j’ai lu In memoriam de Linda Lê, roman paru en septembre 2007 aux éditions Christian Bourgois.

 

L’histoire est simple : une jeune femme, écrivain, se pend. Au lieu de téléphoner à son compagnon quelques minutes avant son acte, elle préfère contacter le frère de celui-ci. L’intérêt de ce roman psychologique repose sur l’analyse que fait le narrateur de la situation : il tente de comprendre pourquoi Sola ne l’a pas contacté, pourquoi elle s’est suicidée et comment elle a pu le trahir en tombant dans les bras de son pire ennemi : son frère.

 

In memoriam se veut donc un long monologue intérieur : celui du narrateur, rond de cuir, amoureux d’un jeune et prometteur écrivain, Sola, qui a basculé dans la folie et a préféré mettre fin à ses jours sans donner d’explication à quiconque. Cet acte incompréhensible l’ « avait rendu fou de douleur. La guerre amoureuse qui s’était engagée entre nous trois se solda par le couronnement de Thomas sacré vainqueur ». Pour dépasser ce sentiment de haine et de confusion, le narrateur se lance dans l’écriture de ce qui nous est donné à lire. Il retrace sa rencontre avec Sola, écrivain renommé, son admiration pour elle… Il espère former avec elle un duo littéraire, alors qu’elle souhaite garder son indépendance : « J’éprouvais sans cesse le besoin d’être rassuré. Disparaissait-elle pendant quelques jours, ou avait-elle simplement l’air dans ka lune que je supposais déjà un éloignement. Elle semblait ne s’attacher qu’à demi, non par tiédeur, mais parce que la façon, vorace, de la vouloir toute à moi l’effrayait. Elle défaisait inexorablement la trame du roman que j’inventais pour nous, et dans lequel nous étions Isis et Osiris : en la rencontrant, j’avais rassemblé les morceaux épars de mon moi ».

 

Dans ce roman, Sola est une sorte d’abstraction, d’idéal… Le lecteur en sait davantage sur les rapports que le narrateur tisse avec cette femme plutôt que sur l’existence même de cette femme dont on ne sait quasi rien. D’autre part, l’auteur superpose les perspectives, croise et mêle les destins. Ainsi, le narrateur tente de retracer l’histoire de Sola en commençant par celle de son père, qui s’est lui-même suicidé quand elle était petite fille. Il retranscrit le journal intime d’un homme immigré, perdu dans Paris, qui trouve refuge dans l’écriture : « plus j’écris, plus s’accentue ma répugnance envers moi-même. Chaque phrase est un crachat qui me revient à la figure » et plus loin : « je suis un personnage de film que son inventeur a laissé en plan. J’ai trop mariné dans les limbes et il en a eu assez, il m’a largué. Depuis je mène une existence avortée, sans nerf et sans flamme ». Ces pages magnifiques font écho à la situation du narrateur qui tente d’échapper à sa souffrance par l’écriture et à la défunte Sola qui a choisi le même destin que son père. Les mêmes histoires se déclinent tout au long du roman, seul Thomas est mis à l’écart : celui qui a tout réussi dans son existence est épargné. Il demeure en dehors de cette aventure littéraire, lui ne connaîtra pas ce destin, lui que les lettres indiffèrent. Pourtant, à la fin du roman, les deux frères se retrouvent face à face, coupables de ne pas avoir pressentis la folie destructrice de Sola. Désormais, ils seront hantés par les fantômes et leur passé.

 

In memoriam est une oraison funèbre à plusieurs entrées : il y est question de folie – celle de Sola, de son père et du narrateur, tous trois tentés par le suicide pour échapper à leur mal ;  du thème du double et de la filiation : Sola semble sous l’emprise du destin de son père et d’écriture déclinée sous différents aspects : le journal intime, l’élaboration du texte, le style… Ce roman propose de nombreuses pistes tout en retenue, hélas comme si l'auteur n'avait pas voulu aller au bout de son projet... Ces descriptions sont en effet assez sommaires et auraient mérité un plus long développement. 

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Published by Anne-Sophie - dans Pas mal...
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commentaires

Christophe 05/03/2009 21:15

Bonjour Anne-Sophie,In Memoriam est le roman qui m'a fait découvrir l'oeuvre de Linda Lê. J'avais été littéralement absorbé par cette lecture. Son écriture chirurgicale y est pour beaucoup. Si tu en as l'occasion, je te recommande fortement L'Evangile des crimes du même auteur(disponible en poche aussi) à moins que tu ne l'aies déjà lu. Cette oeuvre magnifique est une sorte d'enquête ingénieuse autour de suicides. La mort étant l'un des thèmes récurrents de l'auteur...comme tu le sais. Je l'avais même préféré à In Memoriam, pourtant très bon.

Lucas 05/03/2009 20:52

Un magnifique roman. http://ephemerveille.hautetfort.com/archive/2007/10/07/in-memoriam-linda-le.html