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Lalettrine.com

Anne-Sophie Demonchy
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21 novembre 2008 5 21 /11 /novembre /2008 17:20

« C’était notre terre » ne cesse de scander Claudia de Saint-André, la fille d’une riche famille de colons français installés depuis plus de cent ans en Algérie, dans un magnifique domaine de 653 hectares, constitué de « collines, de vallées, de bouquets d’agaves et de lentisques, d’oueds et de cailloux, d’oiseaux de toutes couvées ». Mais voilà que les Algériens ont décidé de reprendre les terres de ceux qui ont été rebaptisés les « Pieds noirs », hommes et femmes qui ont comme les Saint-André, exploité de grandes propriétés agricoles, fait travailler les Algériens, et qui du jour où l’Algérie est devenue indépendante, ont dû quitter le pays ou mourir assassinés.

C’était notre terre est un roman polyphonique où six personnages évoquent tour à tour la tragique histoire de l’Algérie. La construction complexe permet d’entrecroiser les époques et les points de vue. Car si tous les membres de la famille de Saint-André ainsi que la gouvernante Fatima, ont voix au chapitre, chacun défend des idées différentes. Ainsi, la maîtresse des lieux, Hortense est la seule à avoir voulu résister aux révolutionnaires et demeurer dans le domaine de Montaigne, tandis que ses filles, seules survivantes, ont préféré quitter leur pays pour rejoindre la France. Parce que son grand-père est parvenu à faire de ce lieu un domaine exceptionnellement prospère, elle veut mourir en Algérie et se battre aux côtés de l’OAS dans l’espoir insensé de retrouver ses droits et son pouvoir. Fatima est restée près d’elle pour la protéger. Sa position est radicalement différente de celle de sa maîtresse : si elle veut rester à Montaigne, ce n’est pas parce qu’elle souhaite que l’Algérie soit française, ou bien qu’elle défende les idées racistes et colonialistes de feu Ernest Jacquemin, le maître des lieux, mais elle n’a aucun lieu où se réfugier et souhaite entretenir la tombe du fils de Saint-André, Antoine, qui avait rejoint le parti communiste puis fabriqué des bombes pour le FLN. Dénoncé, il est arrêté et torturé à mort. Le récit de son arrestation, raconté par lui-même, est insoutenable et pathétique.

Ce qui fait la particularité de ce roman choral c’est avant tout son rythme incantatoire : morts et vivants se relaient pour raconter l’histoire des Saint-André, leur gloire puis leur déchéance, avec une montée en puissance semblable aux tragédies antiques où dès la première page, le lecteur sait que les dés sont jetés. Les points de ponctuation sont abandonnés au profit d’une prose fluide et libérée. Chaque paragraphe constitue une longue période, vitale, énergique… Les protagonistes soliloquent, pleins de haine et de rage. On leur a volé leur terre, on a brisé leur vie. Ils refusent le présent, la victoire des Algériens, l’exil… Ils ressassent leur passé, leurs regrets, répètent inlassablement certaines expressions, s’interrompent pour s’adresser soudain à l’un des membres de leur famille… Le récit est entêtant, passionnant, et s’avance fatalement vers sa fin inéluctable.

 

C’était notre terre, Mathieu Belezi,  Albin Michel

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Published by Anne-Sophie - dans Vraiment bien !
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commentaires

Roffi 21/11/2008 19:05

Oui, c'est un très beau livre, qui aurait mérité un prix. Merci d'en avoir si bien parlé sur ce site - je vais le dire à Mathieu, qui est un ami de longue date.

Anne-Sophie 21/11/2008 18:23

Je l'ai aussi dans ma pile de livres mais... Je n'ai pas encore trouvé le moyen de le lire...

Mazel 21/11/2008 18:18

Livre envoutant ! le meilleur que j'ai lu de la rentrée littéraire... bien loin devant Yasmina Khadra, qui aborde également le même thème.