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Lalettrine.com

Anne-Sophie Demonchy
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24 octobre 2008 5 24 /10 /octobre /2008 13:58

Dimanche dernier, je suis retournée, avec nostalgie, dans mon ancien quartier, pour rencontrer Pierre Bergounioux à la librairie du Merle moqueur. La salle était comble et l’auteur a raconté avec passion son parcours qui l’a mené de Brive-la-Gaillarde, ville maudite, à Paris et par conséquent de son état de « crétin rural » à celui d’écrivain. Depuis, Pierre Bergounioux a publié une cinquantaine d’ouvrages chez Verdier, Gallimard, Fata Morgana…

La rencontre était animée par Willy Persello, et les lectures faites par Jean Guiet.

 

Deux villes : Brive et Paris

Selon Pierre Bergounioux, son enfance avait le goût du temps des mérovingiens. On y parlait le patois, on restait entre soi, entre paysans incultes, préoccupés par la chasse, l’agriculture…

A 17 ans, il quitte la région pour faire une prépa puis rejoindre Paris. C’est une nouvelle vie qui commence, une renaissance.

Selon lui, le Limousin rassemble des terres en friche, alors que Paris est le centre de la culture savante.

 

L’héritage

Dans ses différents romans et récits, la Corrèze est l’un des personnages centraux. C’est un lieu extrêmement disgracié, une cuvette voire une « enclave du crétinisme rural ». Pourtant, la Corrèze est aussi le lieu de son enfance, de ses amitiés les plus fortes. Il ressent une ambivalence à cette région que l’on retrouve dans son œuvre : si celle-ci est le lieu des souvenirs heureux, elle est aussi celle de l’enfermement, de la bêtise. A l’époque, il n’y avait pas d’horizon professionnel, tout se résumait à « la paysannerie patoisante ». De même, « il n’y avait pas d’établissement supérieur dans un rayon de 200 km ». Seuls les enseignants avaient fait des études supérieures. Ses origines bourgeoises lui ont permis de poursuivre sa scolarité au lycée, en pension, puis dans le supérieur. A cette époque, il n’avait pas l’impression d’être de son temps mais de rester dans un temps archaïque.

 

La filiation

Quand il commence à écrire, il ressent très profondément le poids des morts, la peur de trahir les siens. Et pourtant, avec ces choix de vie, son départ vers Paris, ses études, il se sent en dissidence avec ses parents et éprouve une terrible gêne.

Il se sent d’autant plus en dissidence qu’en lisant les livres de ses contemporains, il ne retrouve pas « la moindre mention du monde auquel [il] appartenait », et en déduit qu’il existe un « lien entre le monde et le papier ».

Il est également devenu professeur par filiation : sa grand-mère voulait que son fils devînt enseignant, en vain. C’est donc Pierre Bergounioux qui s’est senti responsable de le devenir, ce n’était donc pas vraiment un choix libre.

Dans ses différents récits, Pierre Bergounioux aborde le thème du père avec qui il entretenait des relations difficiles. L’auteur est extrêmement gêné à la lecture de certains passages expliquant que son père étant pupille de la nation n’a pas eu de figure paternelle et donc de modèle. Par conséquent, il fut un père d’une puissance dévastatrice. Aujourd’hui, Pierre Bergounioux qui écrit pour mieux se comprendre, regrette d’avoir publié L’Orphelin.

 

Le manque de culture

Alors qu’à Paris, le livre, dans les milieux cultivés, fait partie intégrante de l’existence, il permet de régler des questionnements, à Brive au contraire, on est coupé du savoir. « A l’école, je n’ai jamais eu les réponses aux questions que je me posais. Sauf en sciences naturelles ».

A 17 ans, un livre bouleverse son existence : Le Discours de la Méthodes de Descartes.  Il étudie plus tard sur Flaubert et Faulkner. Pour lui, les grands écrivains ont toujours été ceux qui se savaient menacés, pour qui la littérature est une arme : le juif Kafka, l’asthmatique et homosexuel Proust, etc.

 

Pierre Bergounioux parle comme il écrit et inversement. Il a une parole très franche et châtiée. Pour expliquer son ressenti, il a sans cesse recours à des métaphores filées, des images qu'il développe au fil de son discours. Il en a choqué certains avec sa critique de la paysannerie crétine mais a permis aussi d'ouvrir le débat.

Suite à cette rencontre, j'ai acheté Le Grand Sylvain, que je vous recommande même si Pierre Bergounioux vous répondrait qu'il préfère qu'on lise ses nouveaux livres car il a avancé dans l'écriture...

 

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Published by Anne-Sophie - dans Rencontres
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commentaires

maryse camborde ex lascaux 09/11/2008 22:34

C'est dans mes grandes détresses que je rencontre de grandes ames: celle de Pierre Bergounioux en est une,d'une belle résonance,claire et profonde ,portée par une parole lente et ferme : vous aviez, patiemment, réhabilité à mes oreilles confuses d'alors un Faulkner que je parviens  mieux à redécouvrir, après une longue mise à l'écart de moi-meme au monde: merci!

Anne-Sophie 26/10/2008 22:39

Complètement d'accord avec vous : ce livre est précieux...

Brune 26/10/2008 19:39

j'ai lu Le Grand Sylvain : un bloc de prose sublime!

Anne-Sophie 24/10/2008 17:07

Pas vraiment... On n'a pas eu le temps, et je l'ai fortement regretté. Nous avons quitté la librairie bien après l'heure de fermeture... Ce sera j'espère pour une autre fois. J'espère !

F 24/10/2008 16:27

et bis : au fait, vous avez parlé vos expériences respectives de collège ?