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Lalettrine.com

Anne-Sophie Demonchy
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26 septembre 2008 5 26 /09 /septembre /2008 09:04

10 heures, hôtel Lenox, rue Delambre à Paris, j’ai rendez-vous avec l’écrivain Jordi Soler - qui à l’occasion du festival America est de  séjour dans la capitale - pour converser près d’une heure au sujet de son second roman publié en français : La Dernière heure du dernier jour (Belfond). L’homme est affable et souriant. Il aime parler de son livre et de son travail d’auteur, insistant bien sur le caractère fictif de son œuvre que l’on considère trop souvent comme autobiographique.

 

Contrairement à votre roman, Les Exilés de la mémoire, votre narrateur fait la même profession que vous : il est écrivain. Est-ce parce que La Dernière heure du dernier jour est une histoire plus intime que le précédent ?

Il s’agit bien de deux romans distincts. Ils ont bien sûr des éléments qui appartiennent à ma vie. Je suis né dans un endroit qui rassemble à celui que je décris dans les deux livres. Les personnages ressemblent à ceux de ma famille. Mais pour écrire ce roman, il a fallu que j’invente beaucoup. J’ai utilisé le même processus que par le passé. Je commence toujours par écrire avec des éléments de fiction. Si le personnage du premier roman est anthropologue et celui du second est écrivain comme je le suis, ce n’est pas parce que je veux m’impliquer plus, c’est un phénomène factuel de construction du roman et non parce que ça a un rapport avec mon implication personnelle. Dans le premier roman, il y avait une recherche scientifique, c’est pour ça que mon narrateur était anthropologue. Et dans dernière heure du dernier jour, il y a un regard d’écrivain, c’est pour cela que le narrateur est un écrivain.

 

 

La tante, Marianne, a été victime enfant d’une méningite qui l’a rendue folle. Est-ce qu’elle ne serait pas le symbole de ces Espagnols qui sont arrivés au Mexique et qui ont perdu tous leurs espoirs ?

Exactement : Marianne est la métaphore de ce roman. Elle est l’enfant avec qui les Espagnols ont démarré cette nouvelle « république » outre-mer. C’était une enfant normale jusqu’à sa maladie et que cette « nouvelle république » parte dans tous les sens. D’ailleurs en France, la Marianne désigne la République, c’est pour cela que j’ai appelé mon personnage Marianne.

 

 

Votre tante était-elle réellement folle comme vous le décrivez dans votre roman, au point d’être tenue en laisse, ou bien est-ce de la fiction ?

C’est bien vrai que ma tante a eu une méningite mais son destin ne ressemble pas à celui que je lui réserve dans le roman. C’est très exagéré car c’est un personnage de fiction. C’est comme dans n’importe quel roman. On prend des éléments qui appartiennent à la réalité et on les adapte. Il y a des éléments du roman précédent, Les Exilés de la mémoire, qui ont un rapport avec celui-ci, mais j’ai même oublié s’ils avaient existé ou si je les ai complètement inventés.

 

 

En France, on compare ce roman à Cent ans de solitude de Garcia Marquez. Mais vous dites que vous n’aimez pas la littérature latino-américaine préférant la littérature française ou britannique…

La comparaison avec Garcia Marquez est bien trop grande pour moi, mais en fait je n’en suis pas fier parce que mon roman ne ressemble pas au sien. Le lieu de l’action ressemble au sien puisque la jungle est la même partout mais nos romans ne sont pas les mêmes. Lui, il fait du réalisme magique et moi je fais du réalisme.

 

 

J’ai lu dans la presse espagnole que vous aviez des méthodes bien à vous pour écrire : vous êtes pieds nus, travaillez très tôt le matin, en écoutant de la musique, en particulier du jazz ou de la musique irlandaise. Est-ce que ce sont elles qui vous inspirent cette prose si particulière ?

J’ai toujours un ou deux disques que j’écoute de façon obsessionnelle pendant que j’écris un roman. Avec La Dernière heure du dernier jour, j’écoutais deux CD du saxophoniste John Coltrane de façon permanente. J’ai fait un plagiat basé sur un solo de saxo de John Coltrane sui se déploie au fur et à mesure. J’ai voulu reproduire cette structure dans mon roman. Ce n’est peut-être pas évident pour le lecteur mais pour moi, c’est évident.

 

 

Comment cela se traduit-il ?

Ce qui m’intéresse le plus dans mes romans c’est de rendre perceptible la musicalité de mes textes. Je m’intéresse beaucoup au son, comment les mots résonnent. Ca me fait très plaisir quand on me dit que l’on lit mon roman à voix haute et que ça sonne bien. C’est peut-être très technique mais la façon dont se déploie une histoire à l’intérieur d’un roman ressemble énormément aux solos musicaux. Il y a quelque chose qui germe dans un roman de façon improvisée comme c’est le cas dans le jazz.

 

 

Vous dites que vous mettez des mois à écrire un roman. Combien de temps a duré l’écriture de La Dernière heure du dernier jour et surtout comment avez-vous procédé ?

Quand j’écris un roman, je n’ai pas recours à l’inspiration mais en une certaine confiance en moi. Pendant un an j’écris de façon libre sans vraiment savoir où je vais. Je pense à l’histoire de ce roman toute la journée. Et au bout de quelques mois, j’aperçois le chemin qu’il va prendre. Si pendant la journée, il y a des nœuds de la narration que je ne parviens pas à défaire, j’y parviens finalement soit sous la douche soit en faisant un tour en vélo. Je ne prends jamais ma douche avant d’avoir terminé ma journée d’écriture parce que sinon je sens que je suis trop éveillé. Quand je prends ma douche à 19 heures, je suis content : ça veut dire que j’ai bien travaillé. Je commence à écrire à 4h30 du matin.

 

 

Votre famille comme celle du narrateur s’est installée au Mexique depuis les années 40 pour faire une grande exploitation de café. Elle a employé les autochtones pour travailler. Or, le narrateur a l’impression que ce ne sont pas les Espagnols qui dominent mais les Mexicains. Vous n’avez pas l’impression que c’est paradoxal ?

Ce n’est pas paradoxal parce que lorsque l’on vit dans le monde indigène, on voit bien qu’il y a une domination de l’homme blanc. Mais ce n’est qu’une apparence parce que si l’Espagnol domine à un moment donné, l’Indien habite sur ces terres depuis des siècles et continueront d’y habiter encore et encore alors que l’Espagnol n’est que de passage. Le problème que pose mon roman c’est celui de la confrontation entre deux clans ennemis : les Indiens et les Blancs. Les Espagnols voulaient aider les Indiens mais ne se sont pas posé la question de savoir comment le faire. Les indigènes se sentaient exploités et ne parvenaient pas à percevoir l’aide qu’on venait leur proposer. En cela c’est un paradoxe dans la mesure où ces Espagnols qui débarquaient étaient de gauche, communistes, avec l’intention d’aider les autres et finalement ils ont été perçus comme des exploiteurs. Ca se réduit donc à une incompréhension totale de ces deux mondes.

 

 

Vous vivez à Barcelone depuis 2005. Avez-vous vécu cet emménagement comme un retour aux origines ou comme un « nouvel » exil ?

Bien sûr ça a un rapport avec mes origines puisque je suis moitié mexicain et moitié catalan. Mais la Barcelone de ma famille ne m’a jamais plu, elle me gêne. Mais j’aime la Barcelone de mes enfants, ma Barcelone actuelle. Je crois que les enfants permettent d’adoucir cet exil. Nous appartenons au territoire que nos enfants habitent. Désormais, ma vie est à Barcelone. Je me sens complètement espagnol grâce à mes enfants. D’ailleurs, nous vivons beaucoup mieux à Barcelone qu’au Mexique. Comme ma femme est française et que je suis d’origine espagnole, nous pensions qu’il serait mieux d’habiter en Europe. Le Mexique est un pays complexe et je voudrais qu’il soit un lieu magique pour mes enfants, c’est pourquoi nous y allons chaque été en vacances. C’est la vie que j’aurais aimé avoir : un enfant barcelonais passant ses vacances à la Portuguesa dans la jungle mexicaine.

 

 

Vous dites que vous êtes très superstitieux et par conséquent vous ne voulez pas parler de votre prochain roman, cela dit, le narrateur de La Dernière heure du dernier jour évoque un livre en cours d’écriture se passant à Dublin. Est-ce le cas ?

Ce livre est en cours d’écriture effectivement. J’ai commencé à l’écrire avant Les Exilés de la mémoire. Mais le sujet des Exilés est arrivé de façon si fracassante que j’ai dû interrompre l’écriture de ce roman. Après avoir fini ce roman, je me suis remis sur le texte se passant à Dublin mais j’ai de nouveau laissé le manuscrit pour entamer l’écriture de La Dernière heure du dernier jour. Il y a encore un rapport avec les deux romans sur l’exil. Ce sera le troisième volet qui s’adresse aux exilés qui rentrent en Espagne, comme moi.

 


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Published by Anne-Sophie - dans Festival America 2008
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commentaires

Sébastien 26/09/2008 14:31

Personnellement (mais c'est personnel hein ^^) je préfère parcourir tes interviews écrites (même si je comprends bien ta démarche audiovisuelle). Celle là est très bien, très axée sur ce mystère qu'est la génèse d'une oeuvre littéraire... On y apprend des tas de choses sur l'auteur comme sa mythologie personnelle, ses manies... Ca n'apporte par forcément un éclairage direct sur l'oeuvre mais cela participe à mieux en saisir certains pourtours.Et diantre ! un texte écrit comme une impro de Coltrane je veux bien lire ça tout de suite... ;)