Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Lalettrine.com

Anne-Sophie Demonchy
Des livres, des films, des expos et bien plus encore...

 

Mail : annesophiedemonchy [a] lalettrine.fr

Twitter : @asdemonchy

Mon CV : annesophiedemonchy.com

 

 

768 000  lecteurs et
plus de 230 livres chroniqués
depuis le 21 août 2006

follow-me-twitter.png

Recherche

Ma bibliothèque

Mes livres sur Babelio.com

Archives

Infos







logo-lettrine-negre-litteraire.jpg

 

 

classement-lettrine.jpg

 





22 janvier 2008 2 22 /01 /janvier /2008 16:17

Paul Désalmand est l’auteur d’un roman publié aux éditions Quidam, intitulé Le Pilon racontant le parcours d’un narrateur particulier puisqu’il s’agit d’un livre. Celui-ci vit de nombreuses péripéties, en France comme en Afrique, découvrant ainsi l’Islam, le système des enchères, les dédicaces d’auteurs, la vie des livres en librairie…

J’ai rencontré Paul Désalmand vendredi dernier, il a bien voulu répondre à quelques questions pour mon blog et je l’en remercie.

 

capture2.jpg


On dit souvent que le succès d’un livre tient au malentendu du titre, or votre narrateur qui est un livre raconte ses différentes péripéties, loin d’être menacé par le pilon.

Belfond raconte qu’un jour il a payé très cher un livre qui s’appelle Retour à Casablanca et ça n’a pas marché du tout. Il a décidé qu’il ne publierait plus jamais un livre dont le titre comporterait le mot « retour ». J’ai imaginé ce qu’il aurait fait si je lui avais proposé mon livre.

Ce livre, Le Pilon, pose le problème de trouver ou non son lecteur ou de ne pas le trouver et être pilonné. Dans le chapitre 1, le narrateur est dans un carton, à la sortie de l’imprimerie. Il n’a jamais rencontré de lecteur et il a peur de mourir. Dans le dernier chapitre, il a rencontré des dizaines de lecteurs et la mort ne lui fait pas peur parce qu’il a vécu, c’est-à-dire qu’il a été lu.

Le Pilon c’est aussi un jeu à la Queneau. Dans ce roman, on joue sur le mot « pilon ». Il y a un lecteur qui a une jambe de bois, donc un pilon ; des clochards mangent des cuisses de poulet, des pilons ; on parle de l’énorme pilon de la société marchande… Ce roman est à la fois sérieux et ironique. Il se moque de lui-même.

 
Certes, mais vous ne vous contentez pas de raconter une histoire de l’édition…

C’est vrai : mon livre connaît différentes aventures. D’abord il se demande s’il va mourir, il aime, il est aimé. Il y a donc un roman feuilleton. Mais pour qu’un livre ait de l’épaisseur, il faut qu’il soit sur différentes portées. Il est donc question de roman feuilleton, d’édition, d’Islamisme et du Tiers Monde, surtout c’est une métaphore filée sur la mort.

 

Le Pilon semble également symboliser la mort de toute l’édition traditionnelle.

C’est plus compliqué que ça. Il faut distinguer la « grosse édition » des petits éditeurs. Bourdieu a fait une étude sur l’édition dont la conclusion est juste même si la méthode ne l’est pas : il y a un véritable travail de création fait chez les petits éditeurs. D’ailleurs si je puis donner un conseil à ceux qui veulent être publiés, c’est qu’ils ne doivent pas avoir peu d’être chez un petit éditeur. Pascal Arnaud, des éditions Quidam, sait ce qu’est un texte. Comme l’était un peu Dominique Gaultier quand il a créé le Dilettante. Il est devenu aujourd’hui plus important. Je pense que les nouvelles techniques vont permettre un vrai travail de création. Les gros éditeurs, qui ne sont pas idiots, ont également, dans leur giron, de petites structures dont elles savent qu’elles vont perdre de l’argent pendant dix ans mais qu’un jour, elles feront un livre qui se vendra bien.

Un éditeur c’est un homme de long terme alors que le commerce d’aujourd’hui c’est à 6 mois ou un an. Impossible de faire de l’édition dans ces conditions. Gallimard a aidé Cohen et l’a soutenu jusqu’à ce qu’il écrive ses grands livres. Il aura été payé de ses efforts. Ca ne fonctionne pas toujours : l’édition est un métier à risque. S’il y a un livre sur 10 même sur 20 même sur 30, ça suffit. D’autre part, pour moi, un éditeur doit être un homme de texte, de papier, d’argent et d’amitié. Je n’ai jamais voulu monter ma propre maison pour différentes raisons mais je pense être un peu tout ça.  Un homme de l’écrit et de papier bien sûr mais aussi un homme d’argent parce que je connais le coût de la fabrication d’un livre et suis capable de le réduire pour qu’il coûte moins cher. Un être d’amitié parce que, qu’on soit auteur ou éditeur, il n’est pas bon que l’homme soit seul.

 

Dans Le Pilon, vous abordez les différentes façons de lire (comme une tricoteuse ou bien comme le libraire complètement fasciné par les personnages et qui donne l’impression de vivre pour les livres). Et vous, comment lisez-vous ?

Ce libraire existe vraiment, il habite à Tulle. Grâce à moi, TF1 est allé lui rendre visite dans sa boutique et de nombreux habitants des environs ont découvert cette librairie.

La lecture rapide vaut pour la documentation mais la poésie par exemple doit se lire lentement. Il faut presque la respirer. Je lis crayon en main, soulignant, créant des index. Pour moi, c’est une lecture existentielle où j’en sors quelque peu transformé. Nietzsche disait : « Sans Montaigne, la quantité de joie dans ce monde aurait été moindre ». La lecture est alors aussi importante que le contact avec des êtres réels.

 
Vous dénoncez dans Le Pilon l’idée qu’il y a trop de livres, qu’on entre dans une spirale commerciale.

Oui, c’est vrai mais ces non-livres ne mettent pas en péril les livres car ceux qui veulent vraiment lire ont toujours le moyen d’acheter de vrais livres en librairie ou sur Internet, d’aller en bibliothèque… Combien y a-t-il de vrais lecteurs en France ? Gide disait qu’il y en avait 3 000 au 17ème siècle, il y en a toujours 3 000. Que faire contre les non livres ? Rien… ce n’est pas si grave. C’est la loi du marché. Certains disent qu’il faudrait supprimer le pilon mais je réponds que ce serait comme détruire la société capitaliste. Il est inhérent à la société capitaliste. Dans une société de type soviétique, il n’y avait pas de pilon, évidemment puisqu’on éditait les auteurs qu'on jugeait bons, les autres étaient censurés.

 

Que diriez-vous aux auteurs qui se sentent trahis d’avoir eu leurs livres envoyés au pilon, et comme le personnage de votre livre qui apprend que son livre, au lieu d’avoir été pilonné, a été revendu à son insu.

Le Pilon n’est pas le « privilège » des petits auteurs ni même des petits éditeurs (qui souvent d’ailleurs ne le pratiquent pas). Avant de pilonner, l’éditeur va essayer de vendre ses livres à un soldeur. Sur cette vente, l’auteur ne touche rien et n’est même pas au courant. Poivre d’Arvor, d’Ormesson ont des livres au pilon parce qu’on submerge les libraires de ces livres qu'ils ne réussissent pas à tout vendre. L’exemplaire coûte moins d’un euro pièce, donc ce n’est pas grave si on en détruit. Pour qu’un livre se vende, il faut le mettre sous le nez des lecteurs et donc en publier beaucoup. Je pourrais presque souhaiter aux auteurs d’avoir des livres qui vont au pilon parce que ça voudrait dire qu’ils ont été l’objet d’un grand tirage.

Normalement, un éditeur doit avertir l’auteur s’il veut pilonner un livre et lui proposer de le racheter pour une somme dérisoire. S’il ne le fait pas, il est malhonnête. On peut porter plainte mais c’est dangereux parce que les éditeurs se connaissent tous : ils peuvent donc être réticents à vous publier.

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Anne-Sophie - dans Interviews
commenter cet article

commentaires

desalmand 16/12/2011 06:47


Je découvre ces commentaires ce matin. Je suis heureux de ceux qui disent du bien du Pilon, cela va de soi. Pour ce qui est de Marion, qui trouve que j'y brasse du vent, j'ai envie de
lui dire que ce n'est pas grave de brasser du vent si, comme les éoliennes, ont produit de l'électricité. Pour savoir ce que vaut un livre, je me pose la question : combien de personnes, en
France, auraient pu l'écrire ? Je viens de sortir un livre de proverbes expliqués. Il s'agit d'une commande et des centaines de personnes auraient pu l'écrire, certaines un peu moins bien,
d'autres un peu mieux. Maisx Le Pilon, personne d'autre que moi aurait pu l'écrire. Ceux ou celles qui s'intéressent aux question de l'édition et de l'écriture peuvent consulter et
télécharger (c'est gratuit) mon Guide pratique de l'écrivain sur le site sas7374.org. Supportez-vous bien.

ALditAS 15/08/2010 20:23



   Bonjour !


   Dans les années 1980 alors que j'étais l'abonné d'écrire et éditer, revue CALCRE chez laquelle Monsieur Paul Désalmand était dirécteur littéraire et collaborateur après
avoir assumé aussi les fonctions de conseiller littéraire aux éditions Marabout, j'avais correspondu avec lui mais sans l'avoir jamais rencontré comme vous.


   A partir de la fin de l'anée 1993 mon courrier courrier connaît une perturbation sur fond de paralysie jusqu'à ne plus le recevoir raison pour laquelle nos relations
épistolaires en étaient afféctées et puis rompues.


   Merci pour cette page !



Christophe 16/04/2008 00:35

Je viens de le lire et c'est mon coup de coeur du moment. Merci Anne-Sophie de m'avoir fait découvrir ce merveilleux ouvrage. Juste une chose: je suis étonné que parmi les habitudes des lecteurs, il n'est pas fait mention de ces gens qui restent des heures, enfermés, à lire aux toilettes.

Christophe 05/02/2008 11:38

Interview très enrichissante.Personnèlement, rien que pour l'idée de donner vie à un livre, je le lirai, d'autant que vu l'extrait(les premières lignes) proposé sur le site de Quidam, cela semble écrit avec beaucoup d'élégance et sur un ton très cocasse dans le même temps. 

Thom 29/01/2008 19:20

C'a l'air bien, ce bouquin !