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Lalettrine.com

Anne-Sophie Demonchy
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7 novembre 2007 3 07 /11 /novembre /2007 18:56

Anne Carrière, que je vous ai présenté précédemment, publie à la fois des documents, des romans français comme étrangers, des essais, des témoignages. Son auteur-phare est Marcel Rufo mais elle publie énormément d’auteurs inconnus ayant envoyé leur manuscrit par la poste.

Lors de notre entretien pour le dossier sur les femmes éditrices, elle m’avait parlé de sa relation avec les auteurs :

 
Des livres comme des thérapies

Je me suis aperçue que les auteurs ce ne sont pas des amis, ça peut le devenir mais il ne faut pas de familiarité parce que ce qu’ils attendent d’un éditeur  c’est un service.

On publie entre 30 et 40 livres par an alors qu’on reçoit plus de 5000 manuscrits par an. Refuser des livres, ça ne me fait pas plaisir. Ce qui m’ennuie plus, c’est de prendre un livre, l’auteur met toute son attente en moi et après le livre marche ou ne marche pas. Je prends beaucoup de livres envoyés par la poste, je n’ai pas de comité de lecture, j’ai une lectrice qui vient trois fois par semaine. Au bout de dix pages, elle se rend compte si ça va ou pas. Là-dessus j’ai une théorie, c’est qu’en France on est un pays de confession catholique, des gens allaient autrefois se confesser. La confession est tombée en désuétude, les gens sont d’une solitude terrible, ils n’ont pas tous les moyens d’aller voir un psy donc ils écrivent. Ca c’est les trois quarts des manuscrits. Donc cette lectrice me fait des rapports. S’il est bon, je les donne à d’autres lectrices d’ici et après je le lis moi-même.

 
Publier ne change pas sa vie

Parfois quand il y a quelque chose dans un livre je fais un petit mot à l’auteur, mais là c’est très dangereux parce que si je le fais, après il ne me lâche plus. Quand je prends un roman arrivé par la poste, je ne sais pas à qui j’ai affaire et quand je le convoque dans mon bureau, pour lui, c’est le plus beau jour de sa vie. Et là c’est très compliqué parce qu’à la fois je ne peux pas lui dire que ça va être difficile parce que si je le prends c’est parce que j’y crois et en même temps ce qui me fait très peur, en particulier chez des débutants, c’est l’investissement qu’ils mettent dedans en pensant que publier un livre ça va changer leur vie. Or il est très rare qu’un livre change la vie de quelqu’un.

 

Des rapports compliqués quand le livre ne se vend pas

Après il y a une partie très concrète où on retravaille le livre ensemble, où on parle de la couverture, on prépare les épreuves. Et le livre sort en librairie et là les trois quarts du temps c’est un enfant mort-né comme si vous aviez porté un enfant pendant neuf mois et qu’il soit mort avant la naissance, parce que personne n’en parle, parce qu’il y a tellement de livres en librairie que parfois ils n’y sont même pas et après ce qui est terrible c’est que le rapport à l’auteur change. Il y en a certains avec qui ça se passe très mal. Et pourtant je ne leur ai rien promis. Ils attendent de moi ou de mon attachée de presse des miracles. Nous, on est des passeurs.

 Je me souviens d’une femme dont j’avais publié son livre difficile, sur un sujet difficile : la maladie d’Alzheimer. Ce livre m’avait bouleversée. Je l’ai dit à l’auteur en ajoutant qu’on aurait du mal à le vendre. Mais elle me dit : « la seule chose qui compte c’est que le livre existe ». Donc le livre sort, il ne se passe rien. Finalement nos rapports se sont détériorés, elle a dit du mal de moi. On s’est expliquées. Elle m’a dit que la déception était tellement forte entre le moment où son bébé (le livre) naît et après :  il ne se passe plus rien…

Je comprends ça. J’ai beau l’expliquer avant aux auteurs, je ne peux pas les empêcher d’être déçus.

 

La confiance avec les auteurs

Marcel Rufo a des propositions de partout. Je pense qu’il me restera fidèle. Je ne vois pas ce que Marcel Rufo aurait de plus chez un autre éditeur : quand ses livres sortent ils sont pratiquement toujours sur les listes des best-sellers, je le vends très bien à l’étranger, financièrement, il n’a pas à se plaindre de moi.

En revanche, quand je prends un jeune auteur, je fais toujours un contrat avec un droit de suite de trois livres parce que quand on le lance et qu’un plus gros éditeur, à coup d’euros, vient vous le piquer, ce n’est pas juste.

Par contre, si ça ne se passe pas bien, je préfère rendre la liberté à l’auteur. Ca m’est arrivé une fois avec un auteur. J’ai publié un roman d’un jeune auteur ; celui-ci me donne un second. Je l’ai pris parce que j’aime bien ce garçon mais ce n’est pas ce que j’aime. Je trouvais que c’était très froid, moi j’aime les livres avec des sentiments. Ce livre ne marche pas du tout. Et j’avais mis un droit de suite. L’auteur vient me voir et me demande si je peux lui rendre sa liberté. J’ai accepté.

Quelques mois après, il m’appelle fou de joie parce qu’il est publié chez un grand éditeur parisien. J’étais ravie pour lui. Quelque temps après son livre sort, je n’en entends absolument pas parler. Et il me rappelle déçu en me disant qu’il n’avait pas plus de presse que chez moi, surtout pas le même accueil. Il a voulu revenir, j’ai dit non parce que lorsqu’on me manque de fidélité, je n’ai pas le sens du pardon. La vie est trop courte et faite de belles rencontres. Je préfère effacer ça de ma vie.

 

Le travail de rewriting

Mais le contact humain, les relations entre moi et les auteurs, ça ne suffit pas : sans aucun résultat, notre générosité et notre humanité, l’auteur s’en moque.

Quand on retravaille un texte avec un auteur, ça se passe bien. A partir du moment où j’ai décidé de publier un livre, c’est que je l’aime. Il peut y avoir des choses à retravailler mais c’est toujours l’auteur qui a le dernier mot. Le problème c’est quand les gens m’envoient des manuscrits que je trouve pas mal et me demandent si je peux les aider à les retravailler. Je dis non : si je ne le prends pas, je ne vais pas le retravailler. Je n’ai pas le temps. Par contre retravailler avec les auteurs leur montrer où il y a des incohérences, dans l’ensemble ça se passe très bien.

 

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Published by Anne-Sophie - dans Editeurs
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commentaires

Sylvie 23/12/2011 17:09


C'est pour ses raisons que j'ai choisi l'auto-édition. Si nous échouons c'est uniquement notre faute.

Nanne 26/11/2007 21:51

A lire cette interview d'Anne Carrière on a l'impression que beaucoup de "futurs" auteurs mettent tout leur avenir dans cette future collaboration. Cela se rapproche un peu de la relation psychanalyste / patient, dans laquelle le patient projette souvent beaucoup de fantasmes sur son analyste. Au final, celui-ci est souvent déçu et l'analyse se passe très mal, voire s'arrête net. C'est assez surprenant de voir ces analogies qui ne paraissent pas évidentes, et qui le sont à la lecture de ton excellent article.

Anne-Sophie 13/11/2007 19:03

Pas mal cette métaphore, je la garde dans un coin de ma tête ! A méditer !

salamone giuseppe 13/11/2007 18:09

J'en suis bien heureux. Je me fais trop d'idées. Cest l'âge ! On radote, on imagine, on croit et puis l'on ne croit plus.Ce qu'il y a d'extraordinaire, c'est qu'un certain nombre de personne, croient être assis au centre de la terre. et un beau jour ils s'aperçoivent, qu'il ne peuvent être assis que sur leur derrière, et c'est déja bien ainsi. Bonne soirée.

Anne-Sophie 13/11/2007 17:27

De quoi vous en voudrais-je ? Heureux retour parmi nous !