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Lalettrine.com

Anne-Sophie Demonchy
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1 novembre 2007 4 01 /11 /novembre /2007 15:05

Il y a quelques mois, avec Eli Flory, j’ai fait un dossier pour Le Magazine des livres, sur les femmes éditrices. A cette occasion, nous avions rencontré un certain nombre d’entre elles : Sabine Wespieser, Constance de Bertillat, Anne Carrière, Héloïse d’Ormesson, Claire Paulhan, Joëlle Losfeld et Anne-Marie Métailié.

 

Aujourd’hui, je me propose de vous les présenter en racontant leur parcours.

 

 

De père en fille

Constance de Bartillat, Joëlle Losfeld, Claire Paulhan ou Héloïse d’Ormesson portent des noms de famille qui, pour certains, attestent de leur pedigree, très « république des Lettres ».

  

C’est en 2000 que Constance de Bartillat reprend la maison d’édition de son père Christian, maison qu’il a fondée en 1990, tout juste « retraité » de grandes maisons comme Stock et Plon.

 

Joëlle Losfeld, qui a grandi aussi dans « le milieu », sans être enfant prodigue, a d’abord mené ses propres expériences avant de prendre en charge l’héritage paternel. Alors que son père, Eric Losfeld, était l’éditeur d’Ionesco, de Duchamp, d’Arrabal, de Vian, elle rêve plutôt de cinéma que de livres. Elle veut devenir monteuse de films et collabore notamment avec Claude Sautet et Claude Berri. La mort brutale de son père, en 1979, l’oblige à rentrer de Tunisie où elle vivait et à s’occuper, aux côtés de sa mère,  des éditions « Le Terrain Vague », créées en 1955. Pour être à la hauteur de la nouvelle tâche qui lui incombe, elle apprend le métier de journaliste, travaille en free-lance chez Denoël et Hachette.

 

Anne Carrière est la fille de Robert Laffont. Pourtant, pas question pour l’adolescente qu’elle est d’entendre parler de succession, comme elle le confie : « Quand j’étais adolescente, je n’avais pas du tout l’intention de travailler avec mon père. J’avais commencé une licence de philo à la Sorbonne, mais mes deux frères aînés ne voulaient pas reprendre "l’entreprise familiale "… Mon père m’a un  peu mis  le grappin dessus. Selon lui, la Sorbonne n’allait me mener à rien. Il rêvait qu’un de ses enfants travaille à ses côtés... Et comme je voulais plaire à mon père… ». Sur ses conseils, elle part à l’étranger parfaire ses langues dans le but d’intégrer ensuite le service étranger de la maison. Après avoir suivi les cours de l’école d’interprètes de Munich, puis avoir séjourné en Italie, elle arrive aux Etats-Unis où son père a des associés : «  J’y ai passé presque un an jusqu’à ce que j’aie une prise de conscience terrible : je me suis dit que je n’avais pas choisi ma vie, qu’elle m’était imposée par quelqu’un… Je ne savais plus qui j’étais. » Elle rentre à Paris en 1968 travailler avec son père. Mais là encore, l’expérience se solde par un échec. Rapidement elle démissionne de l’entreprise familiale et part faire du porte à porte en Afrique pour vendre des encyclopédies ! Ce n’est qu’en 1993 qu’elle va créer sa maison d’édition, encouragée par son mari et la baptiser de son nom d’épouse : « Les maisons personnalisées type Viviane Hamy, c’est mieux qu’une maison anonyme. Mais les éditions Anne Carrière, ce n’est pas moi qui l’ai décidé, c’est mon mari. Il n’a jamais cessé de me mettre en valeur... Je n’y tenais pas plus que ça mais il m’a assuré que c’était "porteur, les femmes". "Tu connais bien les journalistes ", a-t-il rajouté. Je pense qu’il a voulu me faire un cadeau. Je l’ai laissé faire. »

  

 

 

Réussir sans nom !

 

Sabine Wespieser ou Anne-Marie Métaillé n’ont pas de patronymes qui pèseraient lourds sur leurs épaules de femmes. Mais elles ont su s’en faire un !

 

C’est en enquêtant dans le milieu de l’édition qu’Anne-Marie Métailié a eu la révélation de sa vocation d’éditrice : « J’étais sociologue et on m’avait demandé de rédiger un mémoire sur " les fonctions de l’éditeur dans le champ intellectuel ". J’ai rencontré Jérôme Lindon, qui a été mon " informateur indigène " et qui m’a parlé de son métier de façon extraordinaire. À ce moment, je me suis dit : "Je crois que c’est ça que je dois faire ". J’étais une jeune femme qui avait beaucoup bossé pour faire ses études et qui s’emmerdait dans ce qu’elle faisait parce qu’elle ne s’y reconnaissait pas. J’ai senti qu’il y avait là quelque chose qui était pour moi. J’avais 100 000 francs à l’époque qui me permettaient de fabriquer trois livres, en sachant que je ne savais presque rien si ce n’est que, forte de l’enquête que j’avais menée, il me fallait un diffuseur, et un professionnel de l’imprimerie. Après, je me sentais capable d’inventer. Ce qui était stricto sensu de l’édition, ce n’était pas un problème ».

 

Sabine Wespieser, quant à elle,  a fondé sa maison en 2001. Bien qu’inconnue du grand public, elle n’est pourtant pas tombée de la dernière pluie éditoriale. Elle a passé douze ans chez Actes Sud, la maison d’édition fondée par Hubert Nyssen en 1978, un an chez Librio…  Une formation de rêve pour celle qui, suivie par certains de ses auteurs fidèles, a élu domicile au Quartier latin : « Les auteurs qui m’ont accompagnée m’ont également encouragé à créer ma maison. C’est un désir que j’avais profondément ancré en moi, d’accéder à cette indépendance et surtout à cette autorité, au sens étymologique du terme, c’est-à-dire que vous êtes l’auteur de votre catalogue. Mais cette responsabilité là, je n’aurais pas eu le culot de l’exercer si j’étais partie dans la nature sans que des auteurs ne lèvent le petit doigt, et ne me disent : "Tu crées ta maison, c’est formidable, on te suit ! " »

 

 

On ne naît pas éditrice, on le devient

 

C’est qu’on ne s’improvise pas éditrice du jour au lendemain, quelle que soit son ascendance ! Pour ce métier très particulier qu’est l’édition, « au croisement de deux axes », comme le dit Anne-Marie Métailié, « l’axe symbolique et l’axe économique », un nom, aussi prestigieux soit-il, ne suffit pas pour s’imposer dans le milieu.

 

Héloïse d’Ormesson avant de lancer sa maison éponyme en 2004 a conquis ses galons au sein de grands groupes, d’abord chez Flammarion puis chez Denoël : « Avec  Gilles [NDR Gilles Cohen-Solal, son compagnon], nous avons plus de vingt ans d’expérience dans le milieu de l’édition,  lui  dans le domaine de la distribution et de la diffusion,  moi dans celui de la littérature française et étrangère… Chez Denoël, j’étais la 2ème de la boîte. C’est ainsi que j’ai pu travailler au contact de tous les professionnels du livre. J’ai appris aussi à diriger une équipe. Au début, si tant est qu’on nous ait vu arriver comme de gentils amateurs, ou moi comme « la fille à papa », « l’héritière », On s’est vite aperçu que 20 ans d’expérience, ce n’était pas rien. »


Claire Paulhan
, elle, serait plutôt « la petite-fille à grand-papa ». Jean Paulhan, son grand-père, fut l’un des acteurs majeurs de la République des lettres françaises pendant plus de quarante ans.  De la chaîne du livre, elle connaît tous les maillons, et se lance dans l’édition en 1985, après avoir quitté la librairie dans laquelle elle travaillait : « J’ai débuté ma carrière de libraire en 1974.  J’ai écumé toutes les Fnac qui existent à Paris et j’y ai beaucoup appris, tant sur le métier de libraire que sur la vie des livres. On voyait passer 80% de la production, c’était très instructif. Pour parfaire mon expérience de libraire, je suis entrée dans une moyenne librairie de quartier qui s’appelait "Les Mille feuilles ", à l’angle de la rue des Archives. C’était merveilleux. » En 1984, Claire Paulhan envoie une lettre à Paul Fournel, à la tête alors des éditions Ramsay, alors riches du gros succès de la Bicyclette bleue. : « C’est grâce à ce succès qu’ils ont pu accueillir quelqu’un comme moi en formation. Les éditions Ramsay avaient les coudées franches pour lancer des projets plus exigeants. Ensuite, je suis entrée chez Seghers,  puis chez Verdier, et chaque fois j’affinais mon savoir en passant d’un éditeur à un autre. J’ai appris les diverses étapes de la chaîne du livre. J’avais même travaillé dans la distribution, chez Distique, au tout début de sa formation. Ce sont des vieilles lunes mais c’était une époque où, si on était intéressé par cet univers, on trouvait des petits boulots partout. » Quand on lui parle de son nom, Claire Paulhan ne cache pas sa fierté de le porter : « D’abord je suis fière du nom de mon grand-père, de sa vie, et du rôle qu’il a joué. Je me suis beaucoup occupée de ses archives. Bien sûr,  ça m’a beaucoup aidée. C’est une carte de visite  incroyable mais c’est aussi un nom qui vous oblige à être à la hauteur. Pour parler grossièrement, on ne peut pas faire de la merde avec un nom pareil, parce qu’on est attendu au tournant. Mais je crois être à la fois assez modeste et travailleuse pour mériter de l’utiliser. Et puis c’est aussi une forme d’hommage et de dialogue avec le passé, qui m’obsède. » 

 

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Published by Anne-Sophie - dans Editeurs
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commentaires

Emmanuelle 04/11/2007 15:48

C'est vrai que c'est pas anodin !

Anne-Sophie 04/11/2007 15:39

En fait, nous avons rencontré des femmes éditrices qui ont donné leur nom à leur maison.C'était un choix délibéré.

Emmanuelle 04/11/2007 15:35

Je comprends le point de vue de viviane Hamy.
Il y a aussi des femmes qui dirigent des maisons qui ne sont pas à leur nom, ou des collections dans les maisons : exs Irène Lindon qui a pris la succession de son père aux éditions de Minuit, Danielle Dastugue qui a fondé et dirige Les éditions du Rouergue, Sylvie Gracia qui dirige, toujours au sein du Rouergue, la collection "La Brune", Laure Limongi qui dirige "Laureli" chez L.Scheer, et je suis sûre qu'on en oublie, tu ne pouvais pas être exhaustive, Anne-Sophie, c'est déjà un gros boulot !

Anne-Sophie 04/11/2007 14:18

Viviane Hamy à mon très rtès grand regret n'a pas voulu répondre à nos questions, non qu'elle ait des griefs contre Le Magzine des Livres mais parce qu'elle ne veut pas et en a assez d'être cataloguée femme éditrice. CV'est un sujet qui fait couler beaucoup d'encre ces dernières années et donc elle ne veut pas communiquer à ce sujet. Je respecte son choix.

bémol 04/11/2007 14:13

Une autre absente de marque aussi à mon avis:  Viviane Hamy, non?